Chapitre 2 : L’espoir pour seule séparation.
Le
jour était tombé et avec lui tout espoir de voir revenir Raphaël avant la nuit. Maxence fixait l’horizon dévasté de son regard jade. La pluie lui frappait le visage sans discontinuer depuis des
heures, pourtant il restait là, impassible, attendant le retour du céleste comme s’il devait certainement leur revenir. Ses compagnons avaient prit possession de la cabane au sommet de la
colline, il n’en était pas loin, mais il préférait se savoir ici, pour s’isoler. Les corps de Prospérine et de l’inconnu étaient à l’intérieur, ils ne s’étaient toujours pas réveillés, Cassandre
et Stéphane veillaient sur eux. Bientôt Thomas l’apercevait dehors, seul et trempé, lui qui n’avait que peu de considération pour personne, s’étonnait d’en avoir pour lui. Ce gamin n’avait pas
vingt cinq ans, comment faisait-il à avoir une telle assurance ? Il voulait le savoir. Il le rejoignit, l’enfant était recroquevillé sur lui-même, les bras autours des genoux, la tête posée
dessus, il lui demanda.
_« Tu pense encore qu’il va revenir ? »
Maxence.
_« Il reviendra, c’est sûr. »
_« Sans-doute, mais pas aujourd’hui. »
_« Vous en êtes convaincu ? »
_« Oui. »
Il vint s’asseoir tout à coté, se laissant avec lui bercer par l’imperturbable,
l’abondante et l’intarissable. L’enfant alors.
_« N’étiez-vous pas en train de veiller Prospérine et
l’inconnu ? »
_« Cassandre et Stéphane sont avec eux, ils n’ont pas besoins de moi. Puis
plus sérieusement. Le spectacle est effroyable, jamais je n’aurais pensé voir un jour une pareille calamité. »
_« Là est le prix de le Révélation. »
_« Encore faudrait-il savoir ce qu’elle est. »
_« Tant qu’elle est c’est l’essentiel. »
Il paraissait contrarié. Thomas devinait chez cet enfant plus que de la peine et
des regrets.
_« Qu’est-ce qui te chiffonne Maxence ? »
_« Rien. »
_« Je ne pense pas. »
_« Puis-ce que je vous le dis. »
_« Tu as l’air contrarié. »
_« Vous seriez psychologue ? »
L’homme, avec conviction.
_« Non simplement suis-je un homme qui encore avant-hier avait une vie banale et
qui aujourd’hui a pour seule banalité qu’un monde en proie à la guerre, à l’horreur et à sa Révélation. »
Mais alors.
_« Il s’est réveillé ! »
Cassandre déboulait de la cabane en courant, Thomas encore assit à Maxence.
_« Montons voir ! »
Les trois humbles remontèrent rapidement. A l’intérieur Stéphane veillant sur
Prospérine, il n’avait pas bougé. L’inconnu était dans l’autre pièce, la main devant les yeux, il s’était adossé au mur et tentait péniblement de remuer ses jambes. A peine les avait-il vus
que déjà.
_« Comment va la princesse ? »
Cassandre.
_« Elle ne s’est toujours pas réveillée. »
L’homme.
_« Je suis heureux de vous avoir retrouvés, le Roi Zagam m’avait assuré que vous
seriez ici. »
_« Le Roi Zagam ? L’interrogea Maxence. Vous le
connaissez ? »
_« Bien sûr ! »
_« Mais comment ? »
Puis tendant sa main vers son flanc gauche.
_« Qui m’a soigné ? »
_« Raphaël. »
_« Où est-il ? »
Thomas cette fois.
_« Il est parti. »
_« Quand ? »
_« Peu après que nous vous ayons retrouvés sur la plage. »
L’inconnu à lui-même.
_« Certainement devait-il se douter de quelque chose. »
_« De quoi ? » Lui demanda Thomas qui l’avait entendu.
Et l’homme, désespéré.
_« De la chute d’Ognor. »
_« Vous étiez là-bas ? »
_« Je suis l’un des derniers à en être parti. »
_« Prospérine était avec vous. »
_« Oui, mais elle n’était pas la seule. »
_« Qui était avec vous ? »
_« Il y avait son père et ce Gaâl, Alastor, dont le souvenir me fait encore
frémir. »
Il se leva, à présent le regard azur posé sur leur face, dans son armure noire
carbone, il paraissait à un être que rien n’y personne ne devait découvrir. Grave mais apaisé, en colère mais fataliste, il aspirait certainement à un autre devenir que celui de la surface
en vain, puisque lui aussi était fait de l’ardeur de la Révélation. Il s’en alla dans l’autre pièce, se dirigea vers Prospérine sans s’attarder sur Stéphane pourtant à côté, il demanda à
Cassandre.
_« Depuis combien de temps est-elle inconsciente ? »
_« Cela va faire quinze heures. »
Il paraissait circonspect, pourtant il était certain de ce qu’il devait faire,
s’adressant à Stéphane, trop près.
_« Reculez-vous. »
_« Pourquoi ? » L’interrogea l’homme inquiet.
_« Parce que je vais la réveiller. »
L’Humble s’était reculé, assez loin pour que l’inconnu puisse disposer d’un espace
pouvant lui convenir. Il ôta son gant de métal, le droit, à la paume la marque, la même que la leur, dont la lueur se dissipait dans la pièce par une étrange intensité. Les quatre se
concertaient, chuchotant les uns auprès des autres, s’interrogeant sur ce qu’il faisait et surtout, sur ce qu’il allait faire. Bientôt il plaqua sa paume sur le cœur de la princesse, d’abord une
leur violacée, puis un flash, intense, avant qu’il ne s’éteigne en un bleu crépusculaire. Rien, la princesse ni ne souffrait, ni s’éveillait, simplement était-elle toujours celle que Stéphane
veillait depuis presque un jour. L’homme pourtant avait ôté sa main et sans même attendre un signe, l’enjamba et lui attrapa les mains. Stéphane, toujours le plus inquiet.
_« Mais que faites-vous ? »
_« Ne bougez pas ! » Lui ordonna t-il avec autorité.
A cet instant la succube fut prise de violentes convulsions. Pendant un instant
elle s’agita avec une force inouïe. L’homme avait bien fait de la retenir, ses soubresauts devenaient si violents que ses bottes déjà creusaient le sol. Les quatre assistaient effarés à cet
étonnant exorcisme, car aucun d’eux ne savait quoi penser. Pourtant cela s’estompait, peu à peu la princesse retrouvait son calme et échappait à sa torpeur, l’homme pouvait la libérer de son
étreinte. Il s’exclama.
_« Dans moins d’un quart d’heure elle sera sur pieds. »
Puis il sortit, préférant à leur compagnie la solitude automnale et cette pluie,
cette maudite pluie qui n’en finissait plus.
A l’intérieur les quatre
Humbles concouraient au réveil de la princesse sans trop savoir quoi faire. Les yeux grands ouverts, toujours immobile, elle appréciait de les voir là, ensembles et Stéphane à genoux à ses côtés.
Il était heureux, à un tel point qu’il se mit à pleurer. Maxence, certain que ces moments étaient seulement les leurs, préféra s’éclipser et rejoindre l’inconnu qui dehors, l’attendait. Il était
là, debout, le regard porté vers les nuages, à s’abreuver de cette pluie comme si elle était le lait de leur genèse. D’abord l’enfant le laissa faire, curieux de le voir si prompt à se satisfaire
d’une simple ondée, puis il s’approcha et c’est alors.
_« Qu’elle plus beau miracle que la pluie ? Le ciel et ses nuages, au-delà
voilà les étoiles, la lune et son cosmos, l’immensité, insondable et sans fin, une immensité qui ne connait de limite qu’en sa Révélation. »
L’enfant.
_« Puis-je savoir qui vous êtes ? »
_« Je m’appels Nicolas et toi tu es Maxence, n’est-ce pas ? »
_« Vous connaissez mon nom ? »
_« Comme de tous ici. »
_« C’est Zagam qui vous a dit qui nous étions ? »
Mais l’humble préférant se dérober à la question.
_« Cette ville est en ruines, jamais nous ne pourrons les vaincre. »
Le subterfuge avait fonctionné.
_« Qui ça ? »
_« Les Lucifériens. »
L’enfant, désabusé.
_« Ils sont partout ici. »
_« La monstruosité s’épand toujours sur ce qu’il y a de beau car elle sait rendre
les gens malheureux. »
_« D’où venez-vous ? »
_« D’Ognor. »
_« Mais d’avant ça. Vous étiez bien un homme ? »
_« Certes mais il y a longtemps. »
_« Que voulez-vous dire ? »
_« Qu’avant d’être un prétorien j’étais un homme il est vrai, mais cela fait bien
longtemps. »
_« Depuis combien de temps ? »
Et Nicolas, apercevant une éclaircie au loin, inespérée, la clarté de la lune
rayonnante.
_« Cela va faire deux-cent cinquante ans. »
Maxence effaré ne sut quoi lui dire d’autre, l’homme en profita pour se
confier.
_« J’ai connu cette cité alors qu’elle n’était encore que peu de chose, et
aujourd’hui que je la retrouve elle n’est plus que ruines et désolation. »
_« Mais comment est-ce possible ? » En bafouilla l’ultime.
_« A m’éveiller avant toi ? Je ne sais pas. »
_« Mais vous devez bien avoir trouvé une explication ? »
_« Absolument aucune. Du moins pas une qui puisse véritablement répondre à ta
question. »
Maxence avait peine à s’imaginer qu’un porteur de la marque pouvait s’être éveillé
tant en avance sur eux. Toutefois il s’étonnait de le savoir, bien assez pour que les questions fusent en son esprit par centaines. Il préféra à toutes les autres celle-ci.
_« N’avez-vous jamais cherché à savoir pourquoi cela vous était
arrivé ? »
_« Bien sûr, mais j’ai vite comprit que cela ne me servirait à rien. »
_« Pourquoi ? »
_« Parce que cela ne m’aurait rien apporté. Puis plus gravement. A peine la marque
à ma paume que déjà j’émergeais au cœur de la cité d’Ognor. »
_« Vous-vous êtes éveillés là-bas ? »
_« Oui. »
_« Et ils ne vous ont rien fait ? »
_« Non. Encore inconscient que déjà j’étais conduit devant le maître de cette
cité. »
_« Il a dût être surprit de vous voir. »
_« Je ne dirais pas surprit mais plutôt terrifié. »
_« Pourquoi ? »
_« Il savait ce pourquoi nous étions fais. »
_« Il a peur de ce que nous sommes. »
_« Plutôt de ce que nous sommes pour le monde. »
_« Que sommes-nous ? »
_« La condition préalable à la Révélation. »
_« Sans nous elle ne serait pas possible ? »
_« Sans nous rien n’est possible. »
_« Et vous savez pourquoi ? »
_« Il n’a jamais voulu me le dire. »
_« Je suis convaincu qu’il le sait. »
_« Je le suis également. »
_« Alors pourquoi ne vous a-t-il rien dit ? »
_« Il m’affirma que tant que l’Ultime ne se serait pas éveillé, je n’avais nul
besoin de le savoir. »
_« Mais je suis là aujourd’hui. »
_« Certes. »
_« Alors pourquoi continuer à ne rien dire ? »
_« Parce qu’il avait peur. »
_« De quoi ? »
_« De qui. »
_« Lucifer ? »
_« Pas seulement. »
_« L’ombre alors ? »
_« Je le pensais jusqu’à ce que je ne le voie. »
_« Qui donc ? »
_« Un Humble, sûrement un déchu, le seul que je connaisse à porter une marque à
chaque paume. »
_« Alors vous aussi vous l’avez vu. »
_« Pourquoi toi aussi ? »
_« Oui, juste après notre retour d’Ognor, j’étais accompagné d’un autre porteur de
la marque, Christophe, nous l’avons vu ensemble. »
_« Voilà la preuve que j’attendais. »
_« Pourquoi ? »
_« Pour étayer ma théorie. »
_« Sur quoi ? »
_« Sur ce porteur de la marque. Il s’expliqua. Il y a de cela environ sept ans,
alors que j’arpentais les couloirs de l’aile Nord pensant m’isoler, je fus interpellé par cet Humble. Il avait le regard juste azur sous le jour de son casque, une armure pourpre et argent et
surtout, portait la marque à ses deux paumes. Il m’affirma que me trouver ici était son idée et qu’il était préférable pour moi que j’y reste jusqu’au retour de l’Ultime. »
_« Vous aviez l’intention de quitter Ognor ? »
_« Oui, même si le Roi Zagam m’en avait plusieurs fois dissuadé. »
_« Et cet Humble était au courant ? »
_« Oui, pourtant je n’en avais discuté qu’avec le maître d’Ognor, lui seul était au
courant de mes intentions.
_« S’il savait pour vous, il devait savoir aussi pour lui ? »
_« Il sait tout sur tout. »
_« Pour nous également. »
_« Bien sûr, quand je l’ai rencontré il savait qui j’étais, d’où je venais, ce
pourquoi je voulais faire et ce que j’avais déjà fait. »
_« Alors que vous a-t-il dit ? »
_« Des choses qui de prime abord ne me semblèrent avoir aucun sens. Il m’affirma
que mon éveil prématuré à la marque était son idée car il devait précéder le retour de Lucifer. »
_« Pourquoi vous ? » L’interrogea Maxence.
_« Je ne sais pas. »
_« Pourtant Raphaël m’avait assuré qu’aucun porteur ne devait s’éveiller avant
moi. »
_« Il t’a menti. »
_« Pourquoi l’aurais-t-il fait ? »
_« Pour que tu garde espoir. »
_« C’est aberrant. »
_« Tu as la mémoire courte. »
_« Expliquez-vous ? » S’énerva l’Ultime.
_« Est-ce que ce Christophe ne s’est pas éveillé avant toi ? »
Il avait raison, pendant quelques secondes l’enfant resta pantois, néanmoins il se
trouva une explication.
_« Il devait me retrouver. »
_« Certes, comme moi je devais précéder le retour de Lucifer. »
Maxence comprenant enfin les allégations de cet homme.
_« Vous insinueriez que Christophe connaissait l’existence de cet
être. »
_« J’en suis convaincu même si je ne peux pas le prouver. »
Encore des mensonges, à croire que la vérité devait le fuir plus encore que la
Révélation. Il s’emporta, non sans avoir d’abord maudit sa marque.
_« On me dit depuis que je la porte que je suis le seul à être en mesure de pouvoir
atteindre la Révélation et on continue inlassablement à me dissimuler la vérité comme si j’étais un ennemi, pourquoi ? »
L’homme avec fatalité.
_« Il n’y a que l’ignorant qui peut croire encore en son avenir, seul lui peut se
penser sauver. »
_« Vous m’affirmeriez qu’ils seraient tentés de me mentir pour me préserver du
désespoir ? »
_« Oui. »
_« C’est aberrant ! C’est bien parce que je ne sais rien que je suis dans cet
état aujourd’hui. »
Il pestait, encore, si Christophe l’avait fui comme l’enfer en lui cachant ses
intentions, Raphaël n’en avait pas moins fait la même chose. Des prétextes, encore et toujours, mais aucune véritable vérité, l’homme poursuivit.
_« Bref quand j’ai rencontré cet être dans les couloirs d’Ognor, ma seule envie
était de quitter la cité. Depuis plus de deux cent quarante j’étais tenu au secret, ma patience était celle de mon étonnante immortalité mais je désespérais de ce ciel noir et de son dôme bleuté.
Seul Zagam savait que j’étais un Humble, tous ses lieutenants l’ignoraient. Certes il y avait bien ces anges qui se doutaient de ce que j’étais mais jamais ils n’auraient osé le dire à quiconque.
Ce jour là il me conta toute l’histoire à venir jusqu’à ce jour, faisant étalage de détails que je ne pus vérifier que plus tard. Il savait qui vous étiez, ce que vous seriez, et ce que vous
alliez devenir après avoir recouvré la marque. La discussion me sembla durer une éternité, il me parla pendant des heures, affirmant ou infirmant mes suppositions avec une assurance que je ne
pouvais remettre en question pourtant, quand enfin nous-nous quittâmes et que je rejoignis le temple, je me rendis compte que je n’avais pas quitté les lieux plus d’une heure. Bien entendu, fort
de ces révélations, je m’en allais rejoindre mon Roi pour tout lui expliquer. Avec force de détails, autant que ce que cet être m’en avait donné, je lui contai tout ce qu’il m’avait dit et quand
j’eu fini, Zagam m’affirma que je devais avoir rêvé. »
_« Mais cet être existe bel et bien puis ce que nous l’avons vus. » Lui
affirma Maxence.
_« Bien sûr puisqu’il mentait. »
_« Zagam vous a menti ? »
_« Il était terrorisé, comme si je devais m’être éveillé une deuxième
fois. »
_« Il avait donc peur de cet être. »
_« Effectivement. »
_« Mais que craignait-il dont ? »
_« Surement de tout ce que je lui avais apprit et de tout ce que cela devait
signifier pour la caste. »
_« Vous lui avez donc tout raconté. Poursuivit l’enfant qui y réfléchissant. Cela
pourrait expliquer qu’il était au courant de notre arrivée dans la tour. »
_« Effectivement. »
_« Mais pourquoi ne nous a-t-il rien dit ? »
_« Je ne sais pas. »
Maxence poursuivait son raisonnement.
_« Il devait savoir pour sa cité. »
_« Oui. »
_« Et il n’a rien fait pour l’empêcher. »
_« Car il était certain que cela n’aurait servi à rien. »
_« Pourquoi. »
_« Parce que le sort d’Ognor était intimement lié aux événements qui devaient
survenir par la suite. »
_« Lesquels ? »
_« La volonté manifeste de Lucifer de mettre la main sur l’armure de
l’Hydre. »
_« Qu’est-ce que cette armure. »
_« Tout comme l’amphore de Qâmaram elle est une geôle pour le plus terrible ennemi
de la création. »
_« Quel ennemi peut être plus terrible que Lucifer ? »
_« Un ennemi qui ne connait de limite en sa dévastation que l’Apocalypse elle-même,
je veux parler du Léviathan. »
_« Je pensais que c’était une légende. »
_« Je doute que cet entité puisse être si aisément qualifiée. »
_« Je ne l’ai jamais vue. »
_« Personne ne l’a jamais vue, peut-être Alastor mais je n’en suis pas
convaincu. »
_« Et pourquoi Lucifer tiendrait-il si ardemment à libérer un être d’une telle
malfaisance ? »
_« Pour s’adjuger le pouvoir. Quiconque détient l’armure de l’Hydre, détient le
pouvoir. »
_« Lequel ? »
_« Celui de commander aux lyptiques. »
_« Que sont-ils ? »
_« Tous ceux que la mort a emportés. »
_« Des morts vivants ? » S’en étonna l’ultime.
_« Des Ambigus, des êtres qui ne connaissent aucune pitié pour la vie car ils ne
l’ont plus depuis longtemps. »
_« Mais comment est-ce possible ? »
_« Léviathan a le pouvoir de redonner la vie aux morts et pour cela ils la
servent. Quiconque détient l’armure, détient l’âme du Léviathan, il est alors aisé de comprendre pourquoi Lucifer la veut si ardemment. »
_« Il faut l’en empêcher ! »
_« Bien sûr, quoiqu’il en soit il est un événement que nous ne devons ignorer car
il est la condition préalable à l’obtention de l’armure de l’Hydre. »
_« Quel est-il ? »
_« La Ragnarok, l’ouverture des portes de la Maillance, un cataclysme si abominable
que déjà avant sa fin les trois quarts de ceux qui vivent toujours seront anéantis. »
_« Mais c’est une catastrophe. »
Maxence ne savait plus quoi penser de ses nombreuses révélations. S’il n’était pas
certain de tout saisir des explications de cet homme, il n’en demeurait pas moins terrifié à l’idée de cet avenir, un devenir promit à la calamité et à son Apocalypse. Il lui demanda.
_« Lucifer le sait ? »
_« Oui, mais cela ne l’empêchera pas de tenter l’inconcevable. »
_« Comment compte-t-il procéder ? »
_« Je ne sais pas trop. Quoiqu’il en soit si Abigor le sert c’est qu’il doit y
trouver son utilité. »
_« Comment ? »
_« Abigor est le gardien des portes de la Maillance. Par son intermédiaire les
Ombres vont et viennent d’un monde à l’autre et pour ça il se pense capable de contrôler le déchainement des abîmes. »
_« Et il ne l’est pas ? »
_« Il l’est celui que je connais qu’il l’a le plus. »
_« Alors pourquoi doutez-vous de lui ? »
_« La raison est simple. Le seul être de cet univers à avoir le pouvoir de
commander aux Ombres est le véritable détenteur du pouvoir de l’Abaddon. Si Abigor, ce traître, ce fou, pense être en mesure de contrôler ces Ombres, c’est qu’il se pense seing d’un pouvoir
qu’il n’a pas. Certes il peut contrôler un certain nombre d’entres elles, il sait leur faire paraître leur asservissement comme inéluctable mais il ne les commande pas. Simplement sait-il les
amadouer et rien d’autre, quand les portes de la Maillance s’ouvriront, quand elles seront des millions à se déverser en ce monde, à un tel point qu’il n’y aura plus place pour voir une once de
terre, il sera incapable d’empêcher l’inévitable. »
Si certes les dires de Nicolas lui apparaissaient comme prophétiques et affreux,
Maxence tentait toujours de s’imaginer une autre fin à cette douloureuse épreuve, voilà pourquoi.
_« Qu’elles sont nos chances de contrecarrer les plans de
Lucifer ? »
L’homme, avec fatalité.
_« Aucune qui ne puisse nous préserver de l’inévitable, j’en ai bien
peur. »
_« Pourtant rien de cela n’est encore arrivé. »
_« Cela arrivera, c’est irrémédiable. »
_« Je ne peux l’accepter, nous-nous devons de faire quelque chose. »
_« Je suis d’accord avec toi, mais je sais que nous n’aurons jamais cette
opportunité. »
_« Il doit bien y avoir un moyen ? »
_« Je ne le connais pas. »
_« Alors qu’allons-nous faire ? »
_« Attendre, en espérant que l’inévitable ne le devienne pas
réellement. »
Maxence avait la certitude que cette perspective était encore plus effroyable qu’un
monde sans révélation, voilà pourquoi.
_« Nous devrions nous mettre en quête d’une solution pour empêcher que cette
calamité ne s’épande sur cette terre. »
_« Encore faudrait-il savoir où chercher. »
_« Quelqu’un doit bien savoir ? »
_« Je ne sais pas. »
Maxence avait mal de savoir que l’inévitable de la Ragnarok ne trouvait d’écho
qu’en l’incompréhension de ce qu’elle était. Toutefois, s’ils n’avaient aucun moyen de l’en empêcher, alors pourquoi devaient-ils s’y employer ? Nicolas, devinant ses pensées.
_« Le fondement même de l’inévitable et qu’il le sera quoique nous entreprenions.
Cependant, j’acquiesce à ta conviction, nous ne pouvons rester là les bras croisés à tout ignorer de notre condition en pensant que c’est impossible. Certes nous ignorons comment procéder
toutefois, si nous parvenions à acquérir l’armure avant-eux, alors peut-être que nous parviendrions à atténuer la Ragnarok. »
_« Vous savez comment où la trouver ? »
_« Non. »
_« Alors connaissez-vous au moins les risques ? »
_« Ils sont incalculables. »
Ils n’étaient plus seuls. Prospérine, aidée en cela par Stéphane qui la soutenait,
approchait. Cassandre et Thomas étaient avec eux. Le princesse succube s’adressa à Nicolas.
_« Je tenais à vous remercier. »
_« Je n’ai fait que répondre aux attentes de mon monarque. » Lui
assura-t-il.
_« Je suis désolée pour Ognor. »
_« Là était le prix à payer pour savoir les troupes Lucifériennes
vaincues. »
_« Je suis triste pour vous. »
_« Et moi je le suis pour tous ceux qui n’ont pas eu notre chance. Puis contemplant
les étoiles car enfin le ciel dégagé. Bientôt nous-nous retrouverons tous ensembles ici-même et nous affronterons celui que nous appelons encore notre ennemi dans l’espoir d’entrevoir la
Révélation. Mais ce jour n’est pas encore arrivé. Avant-lui nous devrons nous défaire de son délire et empêcher que l’inévitable n’anéantisse tous nos espoirs de certainement y
parvenir. »
_« L’inévitable. S’exclama Prospérine accablée. Ainsi donc nous devrons faire tout
ce qui est en notre pouvoir pour l’en empêcher. »
_« C’est ce dont nous parlions avec Maxence avant votre
arrivée. »
Thomas, curieux.
_« De quoi parliez-vous ? »
Nicolas, alors.
_« De la Ragnarok. »
_« Et puis-je savoir ce qu’elle est ? »
_« La Ragnarok est une œuvre de destruction devant précéder l’obtention de
l’armure de l’Hydre. »
Prospérine poursuivit.
_« Léviathan est une Hydre vaincue au
commencement des temps, bien avant l’arrivée des déchus en Eranorie, puis emprisonnée dans une armure pour empêcher à quiconque de commettre l’irréparable en tentant de la
libérer. »
Puis de nouveau Nicolas.
_« Malheureusement Lucifer a dans l’intention de s’accaparer cette armure car il la
sait seing d’un pouvoir si extraordinaire qu’il n’aurait plus aucun mal à nous anéantir. »
_« La Ragnarok devait empêcher cette éventualité, mais Lucifer se moque de
l’inévitable. »
_« Et quels seraient les effets de cette Ragnarok ? » Les interrogea
Cassandre qui n’en avait encore aucune idée.
_« Il seraient catastrophiques. La Ragnarok rime à l’ouverture des portes de la
Maillance, aux déferlements des Ombres et à leur dévastation. Sans la Ragnarok personne ne peut acquérir l’armure de l’Hydre, voilà pourquoi nous la savons inévitable. »
Stéphane cette fois.
_« Alors si nous voulions également nous accaparer cette armure nous serions nous
aussi obligés de composer avec elle. »
Nicolas.
_« C’est inéluctable mais nous devons essayer. »
_« Vous voudriez l’armure ? » L’interrogea Maxence avec sévérité.
_« Oui. Je ne doute pas des conséquences que pourraient avoir sur nous une pareille
entreprise quoiqu’il en soit, si nous ne faisons rien pour empêcher Lucifer de le faire à notre place, alors autant lui offrir la Révélation tout de suite et oublier ce pourquoi nous sommes
là. »
Tandis que Cassandre.
_« Comment devrions-nous procéder ? »
Mais Thomas surprit par la question.
_« Tu oserais le faire ? »
_« Avons-nous le choix ? »
Stéphane, à son tour.
_« Nous l’avons de ne pas faire une erreur qui pourrait nous coûter plus que ce
monde. »
_« Non, nous ne l’avons plus du tout. Lui assura Nicolas qui poursuivit. Nous
pourrions encore perdre des heures à nous user en de veines tractations. Des heures qui pourtant ne serviront que les intentions de l’ennemi. Il est évident que de savoir que pour empêcher
l’ennemi de commettre l’irréparable nous devons le faire à sa place, peut nous amener à douter de notre bon sens. Toutefois je préfère savoir, la Ragnarok passée, l’armure de l’Hydre en notre
possession que de la savoir à l’ennemi. Car si nous, nous-nous garderons de nous en servir quitte à risquer l’éveil de l’Hydre, lui ne s’en gardera pas. »
La princesse à son tour.
_« De toute façon sans le détenteur du véritable pouvoir de l’Abaddon rien ne
pourra être fait. »
_« Le véritable détenteur de l’Abaddon ? » S’interrogea Thomas à haute
voix et Nicolas, lui répondant.
_« Il est un être sur cette terre capable d’interagir avec le monde sombre. Les
portes de la Maillance lui seront toujours ouvertes car il est celui qui les commande toutes. »
_« Et savez-vous qui il est ? »
_« Nous l’ignorons. »
_« Alors comment comptez-vous vous y prendre pour le retrouver ? »
_« Bientôt il devra s’affirmer. »
_« Vous en êtes sûr ? »
_« Oui. »
_« Comment ? »
_« Car il est impossible que la Ragnarok se fasse sans le véritable détenteur du
pouvoir de l’Abaddon. Nicolas devait se réexpliquer, voilà pourquoi. Tout à l’heure je disais à Maxence que Lucifer avait l’intention de s’accaparer l’armure de l’Hydre. Or le seul moyen qu’il a
trouvé pour mettre son plan à exécution n’est autre qu’Abigor. Il est le gardien intemporel des portes de la Maillance, il est le seul que je connaisse à avoir la capacité d’interagir avec les
Ombres. »
_« Il a donc ce pouvoir. » Lui affirma Cassandre.
_« Non, il n’en a qu’une infime partie. »
Prospérine poursuivant.
_« Abigor n’a pas plus le pouvoir de l’Abaddon que vous ou moi. S’il est plus en
phase avec l’après-monde que nous, il n’en est que le gardien. »
Cette fois Stéphane.
_« Et si les portes de la Maillance s’ouvraient sans qu’il ne puisse rien y
faire. »
_« Là est le propre de la Ragnarok. Lui assura Maxence à présent mieux au courant
que lui. Les Ombres seraient alors livrées à elles mêmes. »
_« Et elles sont dangereuses ? »
_« Extrêmement, car plus nombreuses que n’importe quelle armée de ce
monde. »
Thomas revenant au problème.
_« Si vous ignorez qui est le véritable détenteur du pouvoir de l’Abaddon,
alors cela veut dire que vous ignorez s’il est avec ou contre nous ? »
_« effectivement. »
_« Alors pourquoi le chercher ? »
Le prétorien Zagamien s’étonnait de sa crédulité, il lui rétorqua.
_« Mais qu’importe qu’il soit avec ou contre nous, le tout c’est de savoir qui il
est. »
_« Pour le préserver ? » Devina Maxence.
_« Ou pour l’anéantir. »
_« Vous seriez prêt à vous en prendre à lui ? » Lui demanda
Cassandre.
_« Si nous n’avons d’autre choix que celui-ci je serais certainement prêt à le
faire. »
_« Mais nous n’en sommes pas encore là. Prospérine venait de reprendre la parole
avec autorité. La conversation divaguait, elle n’était pas certaine que de savoir déjà ce qu’ils devraient faire sans savoir comment, devait les aider à cet instant. Pour l’heure Lucifer est
toujours incapable de mettre la main sur cette armure, nous avons encore du temps. »
_« Ou pas. Lui assura Thomas sceptique. Cela dépend de ce que l’on attend de notre
futur. »
Voilà comment les six Humbles achevèrent cette conversation, doutant les uns comme
les autres de leur futur car incapables de s’imaginer que leur ennemi pouvait une fois au moins, faire preuve d’Humilité.