Samedi 15 janvier 2011 6 15 /01 /Jan /2011 14:14

     Ainsi donc voit-on revenir à nous ceux que nous ne pensons plus voir, ces souvenirs heureux comme si, malgré tout, tout ce que l’esprit devait retenir d’une vie abominable c’était ce qu’il y avait de beau car là était le propre du sens du mot humanité. L’humanité, depuis la fin des Evénements s’est-elle parée d’une nouvelle conscience, l’une de celles que l’on ne peut deviner sans avoir auparavant tout apprit de ce qu’elle avait été, fut, est, doit être et devenir sans pour autant y découvrir autre chose que le souffle de vie. Mais est-ce pour cela que nous vivons ? Est-ce pour simplement humer l’air du monde et insuffler à nos enfants le désir de le faire à leur tour ? Ne sommes-nous pas alors coupables de les rendre plus insensibles et moins aptes que leurs parents à apprécier la subtilité de notre condition d’êtres vivants ? Oui, si nous continuons à penser que nous ne sommes pas capables de changer les choses. Malheureux furent les années passées à se terrer au fin fond du monde en espérant échapper à la vanité des hommes. Ainsi donc les uns contre les autres avons-nous trouvé une raison pour nous combattre, une raison que nous justifions comme si elle avait été celle de tous les maux de cette terre mais je n’y crois pas. Du moins n’y croirai-je plus, tant que ceux qui auront la force de croire en eux et en les autres, continueront à vivre en se sachant libre d’aimer et de pouvoir aimer. Mais je ne peux en vouloir à l’aveugle et à l’agonisant. Je ne peux simplement en vouloir à ceux qui savaient et qui n’ont rien fais pour empêcher cela. Je ne le peux, car si un jour je devais le faire, alors à mon tour je devrai m’en vouloir car incapable je fus comme trois quarts de mon humanité. Me voilà donc prisonnier d’un dilemme insoluble. Comment devoir pardonner au monde alors que personne ne m’a jamais pardonné ? Si ne je fus un de ceux qui avaient incité à la furie et à son apocalypse, je n’en demeure pas moins encore aujourd’hui coupable d’avoir vécu, de vivre et de survivre sans n’avoir rien fait pour empêcher cela. Mais je ne suis pas un lâche, quand bien même suis-je devenu si faible aujourd’hui qu’aucun mot ne peut sortir de ma bouche, je n’en demeure pas moins toujours résolument humain et pour cela je ne peux accepter notre nouvelle condition d’esclaves. Car certes, sommes-nous de nouveau libres de pouvoir contempler l’aurore, le jour et son crépuscule mais notre vie n’en reste pas moins celle de la nuit noire car vide de sens comme exsangue de la lune et de ses étoiles. Voilà pourquoi ai-je décidé de le faire aujourd’hui, pour que le monde puisse enfin connaître la paix, même si jamais plus il ne sera comme avant. Maman, Papa, ma fille, pardonnez à votre fils et père aimant et aimé car de là-haut il gardera dans son cœur l’empreinte de votre bénédiction.

Par Thierry Christophe P
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Dimanche 24 janvier 2010 7 24 /01 /Jan /2010 14:39

Chapitre quatre : le fil de la vie. 

 

       Il s’avançait, seul, toujours en proie à sa terreur, aux ombres, aux hurlements de bêtes et à son cauchemar. Depuis son réveil l’abomination le contraignait, pourtant il lui avait promit, en vain, sûrement que le véritable maître de ce monde ne l’entendait pas ainsi. Les ruines s’étendaient à perte de vue. La ville, qui encore la veille était claire de son azur hivernal, était à présent aussi sombre que son cœur accablé. Il s’était toutefois trouvé une alliée d’importance, une épée, d’argent, ondulée sur toute sa longueur. Il l’avait trouvée à côté d’un corps, celui d’un homme en armure, incompréhensible. Ce rêve angélique n’avait été que la genèse à sa formidable prédestination. Ainsi celui qui s’était fait appeler Gabriel ne lui avait pas menti, le monde était bel et bien en guerre. Il déambulait dans la cité sans savoir où aller. L’orage grondait, la pluie redoublait et avec elle le souffle tempétueux des éléments l’obligeait à porter à son regard son bras salvateur. Il avait froid et depuis que le jour avait déclinait à l’ouest, il avait peur. L’odeur des corps brûlés par l’ardente guerre lui malmenait les sens. Partout le sang se mêlait à une eau sale et boueuse, pourpre, maculée comme un monde sinistre qui lui paraissait pire encore que l’Hadès. Il n’en pouvait plus, depuis l’aurore il fuyait sans relâche des ennemis invisibles et son corps, malgré la marque, ne le soutenait plus. Alors qu’il s’avançait sur une rue où les ruines semblaient à une forêt, il trouva là un immeuble où il pouvait se cacher. Il entra, l’arme à la main, car si ceux qui le pourchassaient depuis l’aube l’avaient fait jusqu’au crépuscule, il espérait qu’ils ne le fassent plus ce soir. Pendant un instant il fixa sa marque, énigmatique à sa paume droite, en comprenant bien que d’elle tout était la cause. Elle s’animait d’une douce clarté, une lueur si belle qu’elle l’apaisa. A présent il s’attardait sur l’immeuble en ruine. A sa droite brûlaient toujours les flammes de la dévastation. Elles dévoraient les charpentes jusqu’au dernier étage, mais elles le rassuraient. Il posa alors son arme à terre et s’approcha au plus près des flammes ardentes. Il assistait au spectacle de ce feu géniteur et écoutait avec attention les crépitations de son âme. Malgré tout l’espoir de retrouver l’aurore s’estompait car il se savait le seul. Il en revint donc à la marque, préférant à la solitude et la peine les sollicitations de son esprit éclairé. Il lui apparaissait qu’elle s’animait d’un éclat invariable, pourtant il tendait à s’estomper en une lueur argentée qui ne tarda pas à disparaitre totalement. A quoi devait-elle lui servir ? Quelle était la signification de ce symbole ? S’il était convaincu que par elle il voyait ce qu’il ne voulait voir, il ne savait rien de plus. Gabriel n’avait répondu à aucune de ses interrogations. Depuis qu’il lui avait apposé à la paume, il voyait ce que nul homme avant-lui ne devait avoir jamais vu. Toutefois, il gardait encore l’espoir, celui de se savoir rêver, mais quel cauchemar pouvait jouir d’une telle exactitude ? Pendant encore quelques minutes il resta là, à contempler l’inconcevable, avant qu’il ne s’aperçoive que les flammes de son bûcher s’éteignaient. Aussitôt il se mit en quête, s’il devait avoir peur il ne devait pas avoir froid. Encore quelques pas, là une table de chêne, une chance. Il lui manquait un pied, branlante elle tenait en un équilibre précaire. Pendant une minute il se focalisa sur cette table, songeant à ce qu’il devait en faire, des morceaux. Et c’est ce qu’il fit. Pendant pas plus d’un quart d’heure il s’employa à en faire de petites bûches justes assez longues pour faire perdurer un feu deux heures de plus. A présent rassuré par la vigueur retrouvée de ce brasier salvateur, il en vint presque à oublier pourquoi il était là. Le temps s’égrainait, inexorables les minutes s’écoulaient sans qu’il n’est eu un seul instant à se prémunir de son avenir. Il songeait alors à la signification d’une pareille destruction. Si la guerre devait être la seule véritable invariable à ce cauchemar, ses causes lui étaient encore totalement étrangères. Soudain, les cliquetis de bottes métalliques claquant sur le sol détrempé de la ville, attisèrent en lui une crainte qu’il ne pensait plus avoir à affronter en ce funeste jour. Ils s’approchaient, il devait les fuir. Cependant, alors qu’il jugeait du temps qu’il lui restait pour s’échapper, il fut surprit par sa transformation. En effet, à la faveur d’une flaque, il entraperçut son regard turquoise. Affolé, il recula, bien assez loin pour qu’il ne puisse plus se voir. Toutefois l’azur qu’il dispersait était tel qu’à présent il illuminait toute la bâtisse en ruine. Sa mutation l’avait rendu aussi lumineux que l’astre du jour, n’oubliant pas son arme il se rua dehors, certain qu’il n’avait plus d’autre choix. La rue était déserte, seule la pluie abondante ruisselait toujours par tous les interstices, lumineuse de turquoise. Bientôt une ombre, puis une autre et encore une autre, une vingtaine de silhouettes argentées pourfendaient les ténèbres pour retrouver sa lumière, il était encerclé. Encore pendant un instant le temps sembla s’être figé avant que l’un d’eux ne vienne à sa rencontre. Il portait une armure platine et un casque qui lui couvrait le visage. Sombre, elle dégoulinait de cette eau claire qui depuis des jours n’avait cessée et resplendissait de la clarté des Humbles. A son côté gauche il portait une épée, identique à celle qu’il tenait toujours entres ses mains. Il lui dit.

_« Nous avons ordre de vous conduire jusqu’au maître. Si vous le faites de votre propre grès nous ne vous ferons aucun mal. »

Mais lui qui voulait tant savoir.

_« Puis-je au moins savoir pourquoi ? »

_« Là sont les souhaits de celui que nous servons. »

_« Mais qui est-il ? »

_« Vous l’apprendrez le moment venu. »

_« N’a-t-il pas un nom ? »

_« Il vous le dira lui-même. »

Acculé il tomba à genoux. Déjà il avait perdu tous ses avatars pour ne paraître plus qu’un homme. Si son corps endolori avait suffit à le faire fléchir sa terreur, elle, l’avait anéanti. Il s’exclama, résigné. 

_« Vous ne me laissez pas le choix, je vais vous suivre. »

Il posa son arme à terre, aussitôt dix de ses assaillants s’animèrent, prêts à l’escorter. Mais alors que le premier d’entre eux, le chef de cette escouade, l’empoignait déjà par le bras une voix, terrible et claire, car celle d’un être qui avait tout connu du véritable enfer, s’affirma.

_« Quel est le nom de celui qui vous envois ? »

Elle paraissait venir de nulle part, le chef de la cohorte l’interrogea.

_« Pourquoi le savoir ? »

Et l’être courroucé.

_« Parce que je le veux. »

C’est alors qu’ils l’aperçurent, la silhouette argentée d’un être qui s’avançait seul vers eux. Pendant un instant les soldats assistèrent effarés à l’invraisemblable, avait qu’il ne les dépasse et se joigne au pauvre homme sans qu’aucun d’eux ne daigne l’en empêcher. Il continua.

_« Il fut un temps où je vous ai commandés prétoriens. Aujourd’hui il en est un autre où je vous demande de quitter les lieux sans rien attendre de lui car il reste avec moi. » 

Ils étaient terrifiés, tellement que le pauvre homme, Humble depuis un jour, s’inquiéta à son tour de l’arrivée de cet être providentiel.

_« Nous ne faisons que suivre les ordres. »

_« Et vous-vous en tiendrez à eux car tel l’avez-vous toujours fait. Puis plus fermement. Quoiqu’il en soit je ne peux vous laisser le faire ainsi, il en va de la Révélation, vous comprendrez alors pourquoi je m’oppose à la volonté du maître des maîtres. »

Puis l’azur, sous le jour de son casque l’homme aperçut l’éclat d’Agnor, subtile, car seul celui d’un œil terrible. Il portait une armure incroyable, ciselée dans le platine, resplendissante et de sa paume marquée, la droite, s’épandait la clarté des cieux.

_« Vous ignorez ce que la caste a enduré et endure toujours pour que ceux qui doivent vivre le puissent encore demain. Je m’en reviens d’un monde fantôme qui n’est plus depuis si peu de temps que la douleur de l’avoir vu sombrer me malmène encore. Toutefois je suis devenu l’ennemi du maître des maîtres et ceux qui le servent encore sont devenus mes ennemis. Mais je vous laisse le choix. Partez immédiatement et je vous laisserais la vie sauve ou bien restez, et alors nous devrons nous battre. »             

Il ôta son casque, l’homme devinait maintenant son visage sévère, transpirant d’azur, au regard amputé. Ses cheveux blonds resplendissaient comme l’or des montagnes, son angélique visage aspirait à la sérénité céleste pourtant, il ne fallait point s’y fier. Bientôt il se porta à hauteur de l’Humble pour lui demander.

_« Etes-vous blessé ? »

_« Non. »

_« Alors relevez-vous porteur de la marque, vous n’avez plus rien à faire ici. »

Il lui tendit sa paume marquée et l’invita à se tenir debout. L’homme pourtant, effaré.

_« Qui êtes-vous ? »

_« Un ami. Puis lui murmurant. A deux cents mètres au sud vous retrouverez la plage. Hâtez-vous de vous y rendre,  là-bas l’un des miens vous attendra. »

_« Mais nous sommes encerclés ? » Lui assura l’homme désabusé.

_« Je me charge d’eux. Faites simplement ce que je vous ai dit et tout se passera bien. »

Puis se tournant vers les Réënémites, les fixant un à un avant de lui lancer.

_« Maintenant courez ! »

Il dégaina son épée et avec elle leur espoir s’éteignit car il s’apprêtait à combattre. L’homme se dirigea vers la mer. L’orage grondant et foudroyant paraissait s’opposer aux volontés célestes toutefois, le dernier des Humbles ne prenait gare à aucun signe, car si cet être au regard azur et à la paume flamboyante avait dit vrai, alors la délivrance n’était qu’à quelques pas d’ici. Pourtant ils étaient encore là, en nombres, bien assez pour l’en empêcher. Bientôt il trouva sur sa route une dizaine d’assaillants, il s’arrêta, avant que le souffle ardent de la marque ne brise la muraille luciférienne. En un instant il les trouva à terre, terrassés sans qu’il n’ait pu rien en voir. Il poursuivit alors sans se retourner, descendant le boulevard aux ruines innombrables en espérant avoir bien fait. La pluie tombait drue, il ne voyait presque rien, toutefois il l’entendait toujours, le souffle des Humble et sa dévastation. Plus qu’une centaine de mètres, il l’apercevait enfin, la mer. Elle resplendissait de l’éclat des cieux, de ces éclairs qui pourfendaient la ville, le tonnerre grondait, le temps paraissait tendre vers son apocalypse. La terreur le submergeait, à chaque pas il pensait ses assaillants à ses trousses mais il ne s’arrêtait pas. Derrière des cris, abominables, car ceux d’êtres dont l’agonie ne devait avoir de fin qu’en la délivrance platine d’une épée virevoltante. Certainement que le combat qui faisait encore rage plus haut, tendait à l’avantage de cet être hors norme. Il pensait revivre là le cauchemar d’un autre, persuadé que si ce monde devait être celui de quelqu’un, il ne pouvait être le sien. Pourtant il n’était plus un homme, du moins ne l’était-il plus car si Gabriel, dans sa sainte miséricorde, avait décidé de l’affubler du stigmate, c’était pour qu’il puisse voir ce que nul homme avant-lui n’avait jamais vu. Enfin il atteignit la plage, il s’y précipita, se jetant d’un bond vers la mer. Pendant un instant il resta là, immobile, à fixer les vagues argentées dont l’écume bouillonnante paraissait à des spectres innombrables. Son cœur battait dans sa poitrine comme les tambours d’une vie évanouie. Toutefois, alors qu’il pensait déjà retourner sur l’avenue, pour assister à la bataille, celle qui non loin d’ici tendait à le rendre coupable de l’agonie de ses ennemis, il put les entendre. D’abord ce ne fut qu’un écho, lointain, un écho qu’il pensa être celui de sa poitrine puis, ne l’entendant pas cesser, il devint le grondement d’une terre en souffrance. Sous ses pieds les galets s’entrechoquaient jusqu’à les rendre aussi perméables que le sable, il scrutait la mer avec terreur. Bientôt les vagues tendaient vers la monstruosité, elles gagnaient sur lui, mètres par mètres, elles conquéraient les contreforts de la ville. Il remonta sur la Promenade mais, quand se retournant il voulut apercevoir la mer furieuse, il assista effaré à l’inconcevable. Déboulant telle une montagne, une silhouette gigantesque pourfendit l’abysse pour se jeter à corps perdu dans la ville. Cette vision, sa terreur, jamais il ne la perdit des yeux après ce jour. Un monstre, d’une taille si disproportionnée que les immeubles alentour paraissaient à des demeures de lilliputiens. Il tendit sa jambe gauche sur la plage, elle s’affaissa, de plusieurs mètres, son empreinte paraissant à un stigmate indélébile, se couvrant de cette eau sombre dont il s’était défait. Puis il tendit sa jambe droite, immense, en sa direction. Pendant une fraction de seconde l’homme se crut anéanti par un pied si large qu’il ne pensa en réchapper mais l’être pourtant le fit tendre sur sa droite. Il le vit s’enfoncer profondément dans le bitume comme s’il avait été de la glaise, à un mètre de lui, pas plus. Il l’avait épargné, délibérément, pour continuer vers la ville. A peine l’eut-il dépassé que déjà de sa ceinture il extirpait un marteau, si grand et si large qu’il lui parut plus grand qu’un autobus puis il hurla, un cri qui le fit fléchir. Il tomba à genoux, contemplant l’inconcevable sans savoir s’il devait se réjouir d’être toujours en vie ou bien pleurer de ne pas être mort plus tôt. Le colosse s’était enfoncé loin dans la ville, si loin qu’il ne le voyait plus toutefois, il l’entendait toujours. Son hurlement vrombissait comme le tonnerre, il sentait le sol s’affaisser à chaque fois qu’il le frappait de son arme et bientôt, ce fut la fin. Pendant un instant le temps sembla s’être figé, le silence, un silence qu’il pensa d’abord être la conséquence à son étourdissement mais il avait tort. La ville avait recouvré son calme. Il hésitait à tourner son regard vers elle. Puis il l’entendit.

_« Levez-vous porteur de la marque. »

Affolé il se retourna pour l’apercevoir. Il était tout entier couvert d’une armure sombre, carbone, mais il pouvait voir son visage. En effet, il ne portait pas de casque, son regard juste teint de turquoise le laissait à penser qu’il était celui qu’il devait attendre toutefois, sa terreur était encore grande, voilà pourquoi, d’une voix accablé, il lui demanda.

_« Qui êtes-vous ? »

Et le céleste déchu.

_« Je suis l’archange Remiel, et vous ? »

Remiel, les souvenirs du rêve de Gabriel lui revenaient à l’esprit, il savait qu’il pouvait lui faire confiance. 

_« Je m’appel Alexandre. »  

_« Soit. Et depuis combien de temps êtes-vous éveillé au stigmate ? »

_« Un jour. »   

Le visage de l’Humble se ternit, comme s’il craignait une chose que l’homme ignorait.

_« Vous seriez donc le dernier d’entre eux. »

_« Le dernier ? S’étonna Alexandre. Alors il y en a d’autres ? »

_« Oui. »

_« Et qui sont-ils ? »

_« Des humains tout comme vous. »

_« Je ne suis donc pas le seul à avoir fait ce cauchemar. »

_« L’éveil à la marque vous impose l’ouverture au monde de Gabriel, tous ceux qui vous ont précédé l’ont fais également. »

_« Et vous ? »

L’archange déchu eu un sourire énigmatique, toutefois.

_« Moi je n’ai pas eu besoin d’arpenter le monde immaculé de Gabriel pour en avoir le droit. »

_« Que voulez-vous dire ? »

_« Je suis un archange. Depuis le premier jour de ma vie la marque m’accompagne et jusqu’au dernier jour de mon interminable existence elle perdurera à ma paume tout comme la vôtre. »

L’homme ouvrit sa main droite, il pouvait la voir, elle sublimait son visage d’une lueur transcendante, il l’interrogea.

_« Pourquoi suis-je ici ? »

_« Pour accomplir votre destinée d’Humble ? »

_« Qu’elle est-elle ? »

_« Je ne peux vous le dire malheureusement car il n’incombe qu’à vous de l’apprendre. »

Alexandre le devinant.

_« Et cette marque est là pour ça. »

_« Entre autre. »

_« C’est donc pas sa faute que je vies ce cauchemar aujourd’hui ? »

_« Elle vous a ouvert les portes du véritable monde, je ne voie pas en quoi cela peut vous accabler »

Mais Alexandre s’emportant.

_« Depuis mon  réveil je cours de cauchemar en cauchemar à ne rien savoir de ce qu’il m’arrive. Pourchassé, accablé, contraint d’échapper à des êtres dont j’ignore tout et qui en veulent à ma vie alors que je n’ai rien fait. Que m’importe alors de savoir si tout ce que je vois est la vérité si cela doit me condamner à la désespérance. »

_« N’avez-vous pas foi en votre destinée d’Humble ? »

_« Je ne pense pas. »

L’archange fit quelques pas, silencieusement, avant de revenir et de lui demander.

_« Pourquoi êtes-vous ? »

_« La question est vaste. »

_« Pourquoi ? »

_« Parce que je ne peux résumer ma vie en quelques mots. »

_« C’est pourtant ce que vous faites. »

_« Comment ? » 

_« En vous résignant. » 

_« Expliquez-vous. »

_« Vous êtes devenu un porteur de la marque, et jusqu’à votre mort vous ne pourrez vous défaire du stigmate. Apprenez des autres et de ceux qui vous ont précédé, plutôt que de vous attacher à un raisonnement hâtif qui en rien ne pourra vous permettre de comprendre ce qu’il vous arrive. Ce que vous êtes devenu est irrémédiable. Pourtant vous-vous y refusez avec une telle énergie que je ne parviens pas à savoir si c’est par crainte ou par désespoir. Sans-doute les deux. Certainement pensez-vous que l’effroyable que vous vivez maintenant n’est qu’une courte incartade dans votre vie de mortel. Vous-vous trompez. Si ceux qui vous ont choisit ont décidés qu’il était temps que vous retrouviez la couleur du stigmate, c’est qu’ils étaient certains de votre capacité à le comprendre. Alors ne faites pas l’erreur de vous pensez différent des autres simplement parce que vous pensez devoir tout saisir de l’irréfutable. Vous n’êtes pas différent, seulement êtes-vous devenu moins aveugle que votre communauté au désespoir du monde. »

Avait-il dit vrai ? Il ne savait quoi lui répondre. En effet, il portait la marque, comme lui, comme tous ceux qui l’avaient précédé, comme toute la communauté des Humbles. Alors à quoi bon refuser l’irréfutable si déjà l’on n’est incapable de le comprendre et de se l’expliquer. L’homme, saisissant enfin la portée universelle des mots de cet archange, lui répondit.

_« Je suis parce que je porte la marque. »

Le visage de Remiel s’éclaira, il était heureux de voir cet homme devenu Humble enfin au courant de la valeur de sa destinée, il rajouta.

_« Oui. Vous êtes un porteur de la marque et comme tous ceux qui l’ont portée, la portent et la porteront après vous, vous devrez en apprendre sur elle pour la comprendre. Ainsi donc la Révélation vous sera plus claire que le jour quand, révélée à l’Ultime, elle inondera le monde de toute son irréfutable exactitude et c’est alors, peut-être, que vous saisirez l’ampleur de la tâche qui depuis toujours vous avez incombée avant même qu’elle ne se retrouve sur votre paume. »

L’archange avait su lui rendre les mots justes de la Révélation et son calvaire moins sombre. Ainsi devait-il retrouver l’espoir et refaire sa vie, oublier ce qu’il avait été et devenir celui qu’il aurait dû être depuis toujours. Toutefois il peinait à s’imaginer un monde autre que celui qui l’avait vu naître, en une félicité coupable que nul être de cette terre ne devait ignorer et qui pourtant, ne survivait que par la mémoire de certains autres qui ne l’avaient jamais oublié. Alexandre lui demanda.

_« Si vous êtes un archange, pourquoi avoir quitté les cieux ? »

Et Remiel, le regard pointé vers le ciel nocturne, une éclaircie miraculeuse, juste assez pour qu’il puisse discerner les étoiles.

_« Parce que nous avions fait une promesse. »

_« Et qu’elle promesse peut être plus importante qu’une vie céleste ? »

_« Celle qui nous liait à la Révélation. »

Puis il se tût, surement se remémorait-il avec tristesse cette tragédie et pourtant, avec gravité.

_« Je suis un déchu, tout comme Huriel, Raguel ou Sariel, nous-nous sommes joins à Lucifer dans l’espoir de contempler un jour la Révélation. Depuis les temps immémoriaux nous arpentons les terres de l’innommable exil sans relâche et aujourd’hui que nous touchons au but, c’est le temps qui vient à nous manquer. Vous les humains n’avaient aucune idée des sacrifices auxquels nous avons consentis pour vous voir vivre comme vous l’entendiez depuis toujours. Nous sommes devenus les ennemis d’un être qui ne connait aucune limite à sa ténacité  toutefois, nous ne désespérons pas, car si nous venions à le faire à notre tour alors plus aucun de nous ne serait capable de vous conduire jusqu’au jour de la Révélation. Elle reste la seule invariable à un plan établi depuis tant de siècles, qu’il m’est difficile de me souvenir que nous l’avons fait. Mais je ne le regrette pas. Nul n’a le pouvoir de changer ce pourquoi nous sommes là. Nous sommes ici, un point c’est tout, et tant que nous serons encore alors nous ferons ce qui doit être fait. »   Puis l’écho de pas si lourds que le monde devait y répondre tout entier. L’homme, encore traumatisé par le souvenir de cet être hors du commun, implora Remiel.

_« Il approche, il va nous falloir fuir. »

L’archange, étonné.

_« De quoi avez-vous peur, de ce qu’il est ? Ou bien de ce qu’il représente pour vous ? »

L’homme se ravisa.

_« Vous savez qui il est ? »

_« Il est Alastor, le dernier des Gaâls, empereur d’Eranorie, gardien de son temple, créateur de la communauté des Gaâldéeins et l’un de nos plus fidèles et dévoués alliés. »

_« Il est de notre côté ? »

_« Oui, il est. »

Il ne pouvait douter de lui, et devinant déjà au loin la silhouette titanesque de l’empereur du monde, il préféra se résigner et l’attendre ici. Il s’avançait vite, à chaque pas il enjambait une route ou une avenue. La terre tremblait par l’empreinte du dernier des Gaâls, Alastor avait enfin retrouvé le sol de la surface. Il n’était plus qu’à une centaine de mètres, en cinq foulées il serait sur eux. Alexandre discerna alors une silhouette insignifiante au creux de sa paume droite. Son œil turquoise brûlait toujours de l’ardeur céleste, alors que son armure platine était toute entière recouverte du sang de ses ennemis. Sa paume flamboyante magnifiait son visage sévère, lui qui depuis les temps immémoriaux avait su manier Excalibur comme personne, Byleth était là. A présent si près que l’homme devait lever haut son regard vers le ciel pour apercevoir le regard jade du seigneur Titan, Remiel s’exclama. 

_« Les Réënémites ? »

Et l’archange déchu se jetant de la main d’Alastor alors qu’il se tenait encore à plus de vingt mètres, puis retombant sur ses pieds comme s’il n’en avait sauté qu’un, lui répondant.

_« En effet. Ce porteur de la marque a eu de la chance que nous soyons arrivés à temps. »

Tandis qu’Alastor de sa voix tempétueuse.

_« C’est vrai qu’il vous ressemble, enfants d’Agnor. Alors il est un humain ? »

_« Il l’est. »  

Byleth s’adressant à Alexandre.

_« Où sont les autres ? » 

Remiel répondant à sa place.

_« Il l’ignore. »

_« Ils ne sont pas encore retrouvés ? »

_« Non. »

_« C’est inquiétant. »

Et l’homme curieux.

_« Sont-ils toujours en vie ? »

Le Roi déchu.

_« Certainement. »

_« Vous en êtes certain ? »

_« Oui. »

_« Pourquoi ? »

_« Parce qu’il aurait été impossible que vous-vous éveillez au stigmate si l’Ultime était mort. »

Tandis que le Roi d’Ognor.

_« Il faut que nous les retrouvions. »

_« C’est évident. »

_« Ne sont-ils pas dans cette ville ? » Leur demanda Alexandre.

_« Certainement. Lui avoua Byleth qui plus gravement. Néanmoins la présence de ces Réënémites me laisse à penser que la tâche sera plus compliquée que prévue. »

_« Pourquoi ? » Persista l’Humble depuis l’aurore.

_« Tout simplement parce qu’ils doivent se cacher. Les Réënémites restent des soldats impitoyables, en nombres ils sont aussi puissants qu’un Humble. »

_« Ils étaient pourtant trop peu pour s’opposer à toi Huriel. »

_« Je sais. »

_« Alors pourquoi envoyer si peu d’Anges s’il était certain de les retrouver. »

Byleth, contrarié, leur avoua comme un coup de tonnerre.

_« Je me suis trompé. Lucifer n’a que-faire pour l’instant des porteurs de la marque. »

_« C’est insensé ! Lui rétorqua Remiel. Tu sais bien que sans eux la Révélation est impossible. »

_« Sauf si bien sûr tu as trouvé le moyen de te défaire de tous tes ennemis en un seul coup. »

_« Et comment ? »

_« Grâce à l’armure de l’Hydre. »

Remiel, abasourdi, s’adressa à Byleth.

_« Tu pense qu’il l’aurait en sa possession ? »

_« Je ne pense pas, mais je suis convaincu qu’il sait où la trouver. »

_« N’est-elle pas à Vélamar. »

Alastor.

_« Jamais elle n’a été là-bas. »

_« Alors où est-elle ? »

_« Je n’en sais rien. Lui avoua Byleth. Néanmoins il est primordial que nous la retrouvions avant lui. »

_« Elle est aux portes de la Maillance. Leur affirma l’empereur Titan. Le seul endroit assez sûr pour l’y dissimuler. »

_« C’est une catastrophe. » S’exclama Remiel, tandis que Byleth.

_« Le seul qui pourrait l’atteindre c’est le véritable détenteur du pouvoir de l’Abaddon. »

_« Abigor. »

_« Ce n’est pas lui. »

_« Tu en es sûr ? »

_« Certain. Quand au mur Sud nous avons questionné ensembles Nergal, il n’a su découvrir la finalité de mes intentions. S’il avait réellement eu ce pouvoir, il aurait comprit que je lui tendais un piège »

_« Alors il va d’abord nous falloir retrouver le véritable gardien des portes de la Maillance. »

Le visage des deux célestes était grave. Alastor, dont le regard imperturbable paraissait toujours à celui d’un colosse figé, semblait également se ternir. L’homme, qui ne savait rien de leur crainte, aurait aimé leur poser la question, en vain, il était peu vraisemblable que l’un d’eux daigne lui répondre. L’archange déchu au regard amputé paraissait le plus perplexe. Certainement réfléchissait-il aux intentions du maitre des maîtres sans parvenir à les percer à jour. Pourquoi ne pas envoyer les forces suffisantes pour anéantir les porteurs de la marque ? Certes ces humains devenus des Humbles jouissaient d’une puissance incommensurable, mais face à l’ensemble des armées Lucifériennes ils n’avaient pratiquement aucune chance de s’en sortir. Si l’obtention de l’armure de l’Hydre prédominait sur la capture des porteurs de la marque c’était pour une bonne raison malheureusement, il l’ignorait. Il s’exclama, non sans une certaine appréhension.

_« Retrouvons les porteurs de la marque, ensuite nous aviserons. »

_« Et pour la Ragnarok ? » Lui affirma Remiel.

_« Chaque heure que nous perdons ici sera une de plus concédée à l’ennemi au jour du jugement. » Lui rappela Alastor.

_« Je sais. Mais si nous ne retrouvons pas les porteurs de la marque, alors il sera impossible de s’imaginer un jugement. »

_« Ne craignez-vous pas le retour des Réënémites ? » Leur demanda Alexandre.

_« Plus maintenant. Lui assura le généralissime déchu. Votre découverte n’a été qu’un pur hasard. Ce n’était qu’une escouade, seulement quelques éclaireurs, Samaël est bien trop occupé à s’accaparer l’armure de l’Hydre pour daigner se pencher sur votre sort. Il sait pertinemment que quand les Ambigus seront à lui il n’aura plus aucun mal à nous anéantir. »  

Soudain, sur leur gauche, à deux kilomètres environ, une explosion terrible leur fit entrevoir tout le potentiel destructeur de l’abomination. La chaleur vive du pouvoir des Humbles illuminait encore la cime d’une colline qui surplombait la mer. Alexandre s’exclama.

_« La colline du château, mais que diable s’y passe-t-il ? »

Et Byleth, à son tour.

_« Surement vos compagnons porteur de la marque. Puis s’adressant à Alastor. Hâtons-nous seigneur d’Eranorie et peut-être que nous arriverons à temps. »

L’être immense tendit alors sa jambe droite vers la colline et avec elle la douleur du monde, qui s’était depuis un temps apaisée, redoubla. Bientôt l’archange déchu se parait de ses avatars, pour à son tour se précipiter aux secours de ceux qu’il pensait être les Humbles. Alexandre apercevait toujours les volutes d’une fumée éparse et claire qui se dissipait au vent. Elle avait peine à s’élever sous la pluie encore drue mais les flammes Azurées d’Agnor ne laissait aucun doute quant à la nature de ceux qui se trouvaient là-haut. Puis il y eut un son de cor, l’écho lointain et douloureux de l’Apocalypse. Remiel, qui pendant un temps n’avait dit mot, se tourna vers Alexandre et lui lança.

_« Suivez-moi ! Nous n’avons plus de temps à perdre. »

Alastor gagnait déjà les ruines de la vielle-ville, Byleth suivait derrière à trois cents mètres environ. Eux aussi avaient entendu l’appel des lyptiques et pour ça, ils savaient pourquoi ils devaient combattre.           

 

Par Thierry Christophe P
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Dimanche 24 janvier 2010 7 24 /01 /Jan /2010 14:36

Chapitre trois : Las d’une vie d’exilé.

 

      Il déambulait dans l’antichambre de la salle du trône de long en large, claquant de ses bottes de platine le granit froid des premiers âges en embrassant l’espoir d’avoir bien fait. Si la perte de ces cohortes innombrables avait été le point d’orgue à la destruction d’Ognor, la bataille qui s’annonçait allait certainement faire basculer le sort de la Révélation.  Mais ils n’étaient pas dupes, ils savaient que le sacrifice des Ognoriens avait préservé le Gaâl et ses deux frères déchus. Ils n’étaient pas morts, surement avaient-ils trouvés le moyen de se défaire du cataclysme. Il entendait encore les mots du maître des maîtres, raisonnant aussi clairement dans son esprit que s’il se trouvait toujours en face. Reprendre à la reine ce qu’il était venu chercher pouvait avoir une incidence considérable sur leur projet. Voilà pourquoi il ne devait pas perdre de temps. Pourtant n’était-elle pas délibérément en train de le lui faire perdre ? Si précieux que chaque seconde qui s’égrainait était offerte à l’ennemi ? Cela faisait déjà deux heures qu’il attendait, sans savoir à quel moment elle lui accorderait enfin cette audience. Surement n’avait-elle pas idée des enjeux colossaux qui se tramaient non loin d’ici, il s’impatientait. Se tournant alors vers les deux gardes succubes qui tenaient l’entrée de la salle du trône, il vint à leur rencontre bien décider à entrer.

_« Que fait votre Reine soldates ? Cela fait plus de deux heures que j’attends ici. »

Et l’une d’elle.

_« Nous l’ignorons mon seigneur, quoiqu’il en soit nous sommes certaines qu’elle vous recevra bientôt. »

_« Bientôt ! S’emporta-t-il. Une heure déjà que vous me l’avez dit. »

_« Je comprends bien mon seigneur mais ce sont les ordres. »

Bélial, désemparé.

_« Soit ! Je lui laisse encore une demi-heure, ensuite j’entrerais quoiqu’il vous en coûte. »

Il reprit sa ronde, pestant, car s’il n’avait absolument aucune idée de ce qu’elle était en train de faire, n’en craignait pas moins ce qu’elle pouvait avoir déjà fait. Pourquoi le maître s’était décidé à user de pareils extrêmes ? N’était-il pas horrifié comme lui à l’idée de s’y résoudre ? Prisonnier de cette abomination jamais ils n’étaient parvenus à s’en défaire, comment donc allait-il procéder ? Il craignait cette jarre plus que la mort. Plutôt mourir le cœur léger dans un monde qui l’avait vu renaître, que de vivre encore milles siècles le cœur lourd dans ce monde abominable. Elle était en sa possession. Elle avait su la garder après leur libération, elle seule savait où elle se trouvait. Certainement avait-elle eu vent des intentions de son ancien idylle, sinon pourquoi prétexter une affaire urgente à régler si ce n’était pour la dissimuler ou pire, pour tenter de les enfermer à nouveau. Cette perspective l’horrifiait. Lui qui avait tout connu de son enfer, et ce bien avant lui, connaissait comme personne la douleur de cette vie d’exilé. Il l’avait d’abord était du paradis, puis de l’enfer et enfin de ce monde sable, il préférait encore l’enfer. Les minutes s’écoulaient inexorablement sans aucun signe de celle qu’il attendait. Il s’accablait du temps qu’il perdait encore, un temps qui lui paraissait si long, qu’une minute lui semblait durer des heures. Mais alors qu’il persistait à douter de la bonne foi de leur alliée succube, la porte s’ouvrit, laissant entrer dans la salle une lueur rougeâtre. L’une des gardes, celle-là même avec qui il s’était entretenu, lui annonça.

_« Notre Reine est prête à vous recevoir, généralissime. »

Enfin elle daignait répondre à ses doléances, enfin il allait être confronté à son pire cauchemar. Il s’avança, moins sûr de lui qu’un instant plus tôt, redoutant ce moment alors qu’il l’attendait depuis des heures. Voilà pourquoi il hésita, un court instant, devant les portes de la salle du trône, juste assez pour que les soldates succubes n’aperçoivent son visage prendre dix milles années. Puis il entra. A l’intérieur la lueur pourpre tendait à s’estomper. La Reine était là, assise sur son trône d’or et paraissait contrariée. Son regard jade, son teint de lune, son incomparable aura, sa beauté n’avait d’égale aucune autre de cet univers et d’ailleurs et pourtant, à cet instant, elle paraissait presque à celle de sa fille. Elle était défendue par son armure, à croire que tous ceux qui vivaient encore en connaissant le devenir du monde, se préservaient de sa fin du mieux qu’ils le pouvaient. Quoiqu’il en fut elle servait toujours les intérêts du maître des maîtres, et même si elle le craignait plus encore que son ancien idylle, elle ne l’en savait pas moins tout autant prisonnier de sa parole qu’elle. L’archange déchu approcha, le casque sous le bras, pour s’agenouiller et lui confier.

_« Mes hommages ma Reine. »

_« Seigneur Bélial j’ai eu vent de votre requête et je vous avouerais mon scepticisme quant à la réussite de ce projet. » 

L’archange déchu, avec sévérité.

_« Avez-vous oublié Reine Lilith qui vous servez ? » 

_« Bien sûr que non. Toutefois en ces heures sombres le fait de vous voir revenir pour elle ne me réjouie pas. »

_« Vous savez pourquoi je suis là ? »

_« Bien sûr. »

_« Alors vous devez savoir que le temps nous est bien trop précieux pour que nous le perdions en d’inutiles tractations. »

_« Mais il va se risquer à provoquer la Ragnarok ! » S’offusqua-t-elle.

_« Car elle est inévitable. »

_« Vous mentez ! Si vous avez le pouvoir de le faire croire à tous ceux qui vous servent, sachez que vous ne l’avez pas sur moi. »

_« Oseriez-vous vous opposer aux désirs du maître des maîtres ? » 

Lilith, dépitée.

_« Je ne les conteste pas. »

_« Alors donnez-là moi. »

_« Etes-vous conscient de ce que vous me demandez ? »

Le déchu, debout le visage baissé, contrarié.

_« Là sont les souhaits de celui que je sers. »

_« Faites donc preuve de détermination porteur de la marque. Vous n’ignorez rien du cataclysme qui surviendrait si elle venait à être mal utilisée. »

Il se mordit les lèvres, craignant qu’elle ne l’oblige à partir.

_« Donnez-la moi, et je partirais. »

_« Et si je refuse. »

_« Alors nous anéantirons jusqu’à la dernière parcelle de votre œuvre et de votre nom ne restera plus qu’un lointain et douloureux souvenir. »

_« J’en appel à votre discernement. »

_« Je sais ce que je fais. »

_« Lucifer par cette folie va tous nous condamner à la Maillance. »

_« Je n’ai pas le choix. »

_« Vous l’avez encore. Il ne tient qu’à vous de faire ce qui est juste. »

_« Vous ignorez ce qui est juste ma Reine. »

_« En êtes-vous certain. »

_« Plus que vous surement. »

La Reine succube, résignée.

_« Libre à vous d’agir comme vous l’entendez seigneur Bélial, toutefois n’oubliez pas ce que vous étiez d’avant votre chute. »

Mais le déchu, l’interpellant.

_« Est-ce moi qui aie œuvré à la libération de Samaël ? »

_« Je sais ce que j’ai fait et je le regrette amèrement. Toutefois si par ma faute le sort de ce monde se voit précipité en des abîmes que jamais je n’aurais pensé trouvés, je sais qu’il n’est plus de mon ressort d’empêcher qu’il ne commette l’inévitable. »

_« Ce que vous avez fait est impardonnable. Il s’était emporté, de trop pour qu’il ne s’en excuse. Vous n’avez pas idée des sacrifices auxquels beaucoup d’entre nous avaient consentis pour voir enfin Lucifer captif. Puis totalement dépité. Non vous n’en avez aucune idée. »

Il paraissait effondré, à un tel point que Lilith en eu plus de remords encore. Si elle n’était pas certaine que confier cette Amphore à ce déchu, ce monstre, qui avait prit tant des siens qu’un quart de son royaume avait péri par sa faute, était une bonne idée, elle n’en demeurait pas moins certaine de sa bonne fois.

_« Vous ne le faites pas pour lui, n’est-ce pas ? »

_« Je le fais pour celui que je sers. »

_« Est-il le fils de l’immaculé ? »

_« Il l’est certainement ? »

_« L’est-il toujours ? »

_« Plus depuis longtemps ? »

_« L’a-t-il jamais été ? »

_« Jamais. »            

Elle comprenait enfin les véritables prétentions de cet archange déchu. Et si elle n’était pas certaine que son plan puisse aboutir, elle n’en demeurait pas moins convaincue qu’il était le seul qu’ils leur restaient encore.

_« C’est entendu ! Je vais vous rendre ce que vous êtes venu chercher. »

Bélial souriait, heureux d’avoir convaincue cette Reine qui ne s’imaginait pas au combien sa tâche était importante. Elle se leva de son trône et le convia à la suivre. A sa droite une porte, ridicule et dérobée, une porte qu’il n’avait pas remarquée depuis qu’il était entré. Elle y entra, non sans avoir auparavant scruté maintes et maintes fois les lieux. Lui suivait derrière, n’ignorant pas que chaque pas qu’il faisait en direction de l’Amphore, était un de plus vers son inéluctable. Sur le visage du généralissime la satisfaction du devoir accompli se dissipa jusqu’à disparaître totalement. A présent le simple fait de s’imaginer ce qu’il était venu chercher le contraignait comme un mauvais pressentiment. Il s’arrêta, une seconde pas plus, pour reprendre son souffle et se calmer. La Reine succube l’avait à présent largement devancé, il ne devait pas la perdre de vue. Mais à peine eut-il franchi la porte que bientôt il perdit ses sens, tous, sombrant alors dans un triste monde où, à la clarté azurée des cieux, se substituait celle plus angoissante d’un monde sable.

 

     D’abord il sentit le souffle chaud d’un air qu’il n’avait plus humé depuis presque une année déjà. Puis il entendit le son d’un vent tempétueux, celui qui par les siècles et les siècles avait su modeler son monde car il était celui de l’éphémère et enfin, il sentit l’odeur du sable, subtile, tant et si bien que celui qui ne l’avait jamais senti ne devait se délecter de sa saveur. Il ouvrit les yeux, d’abord le soleil, éclatant, puis ce sable roulant et vrombissant, se ruant sur son visage jusqu’à presque l’engloutir. Il leva sa paume marquée vers le ciel pour couvrir son regard de sombre. Les rayons de cet astre immaculé était ardent, il souffrait, mais plus encore de se savoir de retour ici. Il comprenait que celle qu’il avait quittée lui était revenue et il désespérait de le savoir. L’enfer de l’Amphore de Qâmaram, la prison perpétuelle de l’archange Remiel, son monde, sa survivance durant trente millions et demi de siècles. Il se releva, juste assez pour se tenir assit, là nul nuage, nulle forêt, rien d’autre que ce ciel et son azur qui déclinait à l’ouest. Bientôt la course d’une nuit froide et mortelle l’atteindrait. Il devait la fuir.  Il bondit, jugea du temps qu’il lui restait, infime, pour gagner les terres des continents occidentaux le plus rapidement possible. Il reprit sa course, comme il l’avait fait chaque jour durant toute sa vie d’exilé mais cette fois, et à son grand désarroi, il paraissait que la sombre nuit ne devait le fuir. En effet, elle gagnait sur lui, comme la mort au chevet de l’agonisant, elle grappillait à sa mesure les dernières onces de son espoir. Autour les dunes revêtaient tour à tour leurs couleurs nocturnes. Les ombres s’étendaient sur leurs flancs, bientôt les rayons ardents de l’astre crépusculaire allaient s’éteindre à leurs pieds. Le crépuscule, encore pendant un instant l’ange goûta à la volupté du jour avant-ce que la nuit ne devienne sienne pour mille jours. Toutefois il avait encore un espoir, la marque, mais inerte, elle paraissait incapable de lui venir en aide. Pourtant il le voyait encore, ce ciel, orangé, rouge, s’éteignant peu à peu en un halo violacé  qui annonçait une nuit d’ombre car terrible. Il tomba à genoux, désespéré, pleurant tous les larmes qu’il n’avait jamais versées ici car à cet instant, il se savait le seul. De nouveau prisonnier il s’agrippa à son seul espoir, celui qui voulait que la Reine succube ne soit pas responsable à sa nouvelle condition d’exilé. Mais comment pouvait-elle ne pas l’être ? N’avait-elle pas quittée la pièce avant lui ? Ne l’avait-elle pas alors devancé pour s’accaparer l’Amphore ? Certes, cependant il n’avait absolument aucune preuve de son implication. Toutefois elle aurait pu commander à ses soldates de la lui amener pendant qu’il se trouvait dans la salle du trône et ainsi, duper son attention pour le rendre à ce monde sable. La colère qu’il éprouvait pour cette succube était immense, même si tout cela n’était que des suppositions. La nuit était enfin là, froide, angoissante si sombre que même pourfendu d’étoiles le ciel paraissait plus noir encore que l’esprit tourmenté du maître des maîtres. Il voulut grimper au sommet d’une dune tout à sa droite, préférant à la solitude du monde d’en bas celle plus rayonnante d’en haut des choses pour, pensait-il, peut-être trouver là-haut la réponse à son emprisonnement. La pente était abrupte, incertaine et mouvante. A chaque pas il s’enfonçait d’avantage. Bientôt il avait du sable jusqu’aux genoux mais il continuait toujours avec persévérance. Voilà pourquoi il poursuivit pas à pas à gravir ce monticule éphémère en espérant trouver à son sommet la réponse à cette sempiternelle question, pourquoi ? Oui pourquoi avoir retrouvé ce monde et sa pénombre ? Pourquoi s’être résigné à l’enfermer, à nouveau, alors qu’il avait tout fait pour s’en sortir ? Il se le demandait. Plus que quelques mètres, il perdait de ses forces, résigné, à quatre pattes, ne perdant pas de vue la cime qui s’approchait. Son épuisement lui apparaissait incompréhensible. Certainement que le froid devait y être pour beaucoup, tel que déjà son armure avait gelé, entièrement recouverte d’une fine particule de glace semblable à son cœur aguerri. Pourtant là il lui faisait défaut, s’imprégnant de tout ce qu’il y avait de plus sombre en ce monde, pour lui rendre chaque seconde de son nouvel exil plus terrible que mille de son ancien. Enfin le sommet, alors se présentait à lui une nouvelle perspective, étonnante et majestueuse car il pouvait les voir. Les dunes, s’étendant à perte de vue, s’imbriquaient les unes aux autres pour lui offrir un spectacle exceptionnel. Elles s’illuminaient de particules bleutées, des centaines de millions sans doute, répondant au monde étoilé d’au dessus en amas, en galaxie, le ciel était devenu la terre. Pourtant ce qui le frappa le plus ce fut de retrouver la lune, mais non celle rayonnante du monde de pierre qu’elle était, mais argentée, gigantesque, toute entière faite de métal pour laisser choir de sa parfaite sphéricité un fil, une interligne entre le monde d’en bas et celui immaculé d’en haut. Il n’en croyait pas ses yeux. Jamais il n’avait imaginé devoir un jour contempler un pareil prodige, il s’en émerveillait. Ainsi donc il oubliait sa condition d’exilé, pour se focaliser sur ces beautés nocturnes que jamais il n’avait imaginé avant ce jour. Car là était le plus invraisemblable, jamais il n’avait connu la nuit en cet enfer car il l’avait toujours cru plus terrible que le jour. Enfin il comprenait pourquoi cette poignée de prétoriens qui l’avait un jour retrouvée, eux qu’il pensait perdu à jamais dans les méandres de l’effroyable, n’avaient jamais voulu la quitter. Cette magnificence apaisait son cœur, déjà le froid lui paraissait moins mordant. A présent son esprit libéré d’un fardeau immuable aspirait à une sérénité qu’il n’avait plus connu depuis avant sa chute. S’il avait su. S’il avait su quelle incroyable merveille était cette obscurité, alors surement ne l’aurait-il pas fui durant un quart de son éternité. Combien des siens l’avaient imploré de se laisser gagner par elle ? Des milliers, mais jamais il n’avait répondu à leur appel car il le savait celui de leur désespoir. Il s’assit, préférant attendre-là que les étoiles tendent vers leur crépuscule plutôt que de fuir, encore, comme il l’avait toujours fait. Mais alors qu’il pensait déjà rejoindre la lune métallique, jugeant grossièrement du temps qu’il allait lui falloir pour atteindre l’ancrage de cette forteresse galactique, il put la voir. D’abord elle ne parut qu’à un mirage, lointain, comme des milliers d’autres, avait que sa rayonnante clarté ne lui fasse jurer du contraire. Car elle était bien là, au pied de son monticule de sable, l’arpentant d’une traie sans avoir la nécessité de faire halte. Cette silhouette paraissait survoler la pente comme le souffle tempétueux du vent. Bientôt il la découvrait avec plus de détails. De ses yeux d’Humble il devina alors l’invraisemblable, car s’il n’était certain de qui il était, il n’en demeurait pas moins convaincu de tout ce qu’il pouvait représenter pour le monde et sa Révélation. Il était tout entier recouvert de son armure platine et pourpre, sous la visière de son casque il devinait l’éclat azuré d’Agnor, si intense qu’aucun autre porteur ne l’avait plus que lui. Voilà donc que celui qui l’avait déjà visité une fois ici, dans cet enfer, sous le jour lui revenait par l’obscur, sous l’éclat d’une lune d’argent qui devait le suivre pour milles jours. A chaque pas qu’il faisait en sa direction le céleste déchu percevait tout l’essence de son pouvoir tel, qu’il était impossible de s’imaginer qu’il pouvait avoir une limite. Bientôt il se tint devant lui, son aura supplantant tout autre éclat de ce monde car il était le premier d’entre eux. Il s’exclama de sa voix la plus humble.

_« Voilà donc que nous-nous retrouvons dans l’obscur Sariel, je suis étonné de te voir ici. » 

Et Bélial, stupéfait. 

_« Mais comment avez-vous su ? »

_« Il n’y avait qu’ici que j’étais certain de te retrouver. »

_« Lilith m’a trahi. Me voilà de nouveau prisonnier de l’Amphore. »

_« De nouveau ? S’interrogea Metatron. Certainement est-ce là l’œuvre de la continuité. »

_« Que voulez-vous dire ? »

_« Qu’il était plus simple pour toi de réfléchir à ce que tu avais à faire ici, plutôt que de deviner partout ailleurs les raisons qui t’ont poussé à faire ça. »

_« Quoi donc ? »

_« A choisir alors que tu n’en avais aucun droit. »

_« Mais de quoi parlez-vous ? »

Bélial était en colère, ne rien savoir de ce que Metatron lui disait l’obligeait à penser qu’il avait mal fait pourtant, il l’avait fait parce qu’il le lui avait demandé. Le porteur de la double marque l’interrogea.

_« Pourquoi es-tu ici Sariel ? »

_« Lilith m’y a emprisonné. »

_« Ce n’est pas de ça dont je te parle. »

_« Alors de quoi ? »

_« Pourquoi es-tu ici, en ce monde, alors que tu aurais pu demeurer au paradis jusqu’au jour de la Révélation ? »

_« Car j’avais fait une promesse. »

_« Et l’as-tu oubliée ? »

_« Bien sûr que non. »

_« Alors pourquoi s’obstiner à servir les intérêts lucifériens ? »

_« Je ne le sers plus. »

_« En es-tu convaincu ? »

_« Oui. »

L’archange, ave fatalité.

_« Moi je peux t’assurer que tu les sers toujours et je vais te dire pourquoi. Tu continue à servir Samaël car tu pense ses actes légitimes. »

_« Mais parce qu’il est le Gardien de notre rédemption. »

_« Il ne l’est plus depuis longtemps, plus depuis qu’il a enfreint ce pourquoi il avait été condamné. »

Le déchu s’était résigné.

_« Je n’ai pas le choix. »

_« Te souviens-tu de notre dernière rencontre ? »

_« Bien sûr que oui. »

_« Et que t’avais-je conseillé ? »    

_« De servir Lucifer jusqu’à ce que nous quittions Qâmaram. »

_« C’est ça. Alors pourquoi continuer à le servir ? »  

_« Mais parce qu’il est le seul à avoir le pouvoir de nous rendre à l’éternel. »

_« S’il l’avait véritablement il ne craindrait pas tant la Révélation. »

_« Où voulez-vous en venir ? »

_« Moi nulle part, c’est toi qui veux en venir à quelque chose. »

_« Je ne vous comprends plus. » Lui avoua Bélial.

_« Parce que tu te borne depuis ta chute à tout vouloir saisir de l’insaisissable. Si tu savais faire preuve de discernement, si réellement tu parvenais à t’éveiller au pouvoir du stigmate et si enfin, tu arrivais à te souvenir de ce que tu étais d’avant ta chute, alors tu comprendrais qu’il est inutile de faire ce pourquoi nous ne sommes pas faits. »

_« Alors je ne suis pas fait pour le servir. »

_« Surement pas. Car tu n’es pas fait pour t’accaparer au nom d’un autre ce que tous recherchent si ardemment. »

_« La Révélation ? »

_« Entre autre. »

_« Alors pourquoi m’avoir demandé de le servir ? »

_« A ton avis ? »

_« Pour qu’il se pense secondé ? »

_« Non. »

_« Pour qu’il pense pouvoir s’accaparer la Révélation ? »

_« Tu touche au but. »

_« Pour qu’il pense avoir la légitimité nécessaire pour se l’accaparer ? »

_« Exactement. »

_« Mais alors cela voudrait dire qu’il n’en a pas le pouvoir ? »

_« Il est certainement celui qui l’a le plus. »

_« Je ne comprends plus. »

_« Ne te borne pas simplement à ce pourquoi tu t’obstine. Ouvre un peu plus ton esprit, songe à ce que tu ne vois pas. »

_« Aux autres porteurs de la marque ? »

_« Pourquoi pas, si cela peut t’amener à saisir une part de la vérité. »

_« A mes frères Archanges ? »

_« A tous ceux qui un jour ont goûtés à la félicité des cieux. L’ombre vous a bannis. Elle a su vous rendre à l’éternel, mais un éternel qui ne devait avoir de fin qu’en le désespoir et la résignation. L’œuvre de Samaël depuis le premier jour de son exil a été de rendre à ce monde, cette terre, l’Eranorie, une empreinte, un calque de ce qu’il avait connu au paradis. Certes il trouva l’équilibre, certes il a su concilier les éléments pour créer des choses vivantes, celles-là mêmes pour lesquelles d’ailleurs il avait été banni. Néanmoins, il ne faut pas s’imaginer que cette expérience, fut-elle la plus merveilleuse qui soit, fruit d’un idéal a tout jamais défendu peut seule et par son libre arbitre, perdurer à tout jamais comme si elle ne devait avoir aucune fin. Vous-vous êtes sacrifiés pour empêcher qu’il ne commette l’irréparable or, c’est pourtant ce qu’il a fait. Aujourd’hui ceux qui t’ont emprisonné dans cette prison perpétuelle se sont retournés contre lui pourtant, ils l’ont laissé faire. En avaient-ils le droit ? Non, bien sûr que non, car nul n’a le droit de faire ce pourquoi il n’a pas été fait même si, et là est l’insensé, il en a depuis toujours le pouvoir. Ta haine envers Remiel, Huriel ou Raguel t’a poussé à servir au-delà de la limite convenue celui qu’ils étaient parvenus à faire prisonnier. Certes, c’est moi qui t’ai demandé de le faire mais la raison en était simple et la tâche aisée. Quoiqu’il en soit, si je suis parvenu à épargner le monde de l’inévitable durant des centaines de millions de lustres, il m’est devenu impossible aujourd’hui de pouvoir le préserver encore de cette abomination. »

_ « Moi je le peux. »

_« Je sais. Voilà pourquoi je suis venu te trouver ici. »

_« Vous connaissez mes prétentions ? »

_« Bien entendu, sinon pourquoi aurais-je consenti à t’aider. »

_« Mais alors pourquoi me faire sermon ? »

_« Pour que tu comprennes enfin que l’implacable ne le reste que si l’on persiste à le croire. Tu as le pouvoir de changer Sariel, mais pas comme tu le crois, autrement, et cela ne tient qu’à toi d’y parvenir. »

_« Mais le devenir de ce monde est si sombre, seigneur Metatron. Nul ne pourra lui réchapper. »

_« Certes, mais seulement si tu persiste à croire que l’inévitable est effroyable. »

_« Mais il le sera certainement ! » Lui assura l’archange déchu.

Metatron toutefois, l’interrogeant.

_« Sais-tu qui est seing du pouvoir de l’Abaddon ? »

_« Je l’ignore. »

_« Moi je sais qui il est. »

_« Qui est-il ? »

_« Tu n’as nul besoin de le savoir pour le moment. Puis devinant l’éclat de la lune d’argent et de son filin au loin. Tout ce que je peux t’en dire c’est qu’il sera certainement capable de nous préserver de l’inévitable.

_« Mais comment ? »

_« Tout simplement parce qu’il est comme toi Sariel ou du moins est-il resté ce que toi tu t’obstine à ne plus être depuis longtemps. »

_« Ainsi donc le pouvoir de l’Abaddon demeure en le cœur d’un céleste. L’ignore-t-il ? »

_« Oui. »

_« Mais s’il venait à l’apprendre trop tard ? »

_« Il l’apprendra bientôt. »

_« Fera-t-il alors preuve de l’humilité nécessaire pour ne pas condamner ce monde à la Maillance ? »

_« Certainement. Car il n’est mu d’aucune haine, ne prétend à aucun mensonge et jamais, au combien jamais, il ne s’est laissé griser par le pouvoir. »

Bélial le comprenant alors.

_« Vous ne vouliez pas que je le fasse pour ça ? »

_« Il aurait été inutile de courir le risque d’être défait alors que le temps joue déjà en sa défaveur. Chaque jour qui passe est un jour de plus au bénéfice des Célestes, l’amphore de Qâmaram n’est pas une solution. »

_« Pourtant Lucifer est dangereux. »

_« Il l’a été, l’est et le restera jusqu’à sa mort. Risquer sa vie pour protéger des êtres qui ignorent jusqu’à vos intentions n’est pas un fait commun néanmoins, la disparition d’un céleste ne résoudra rien, pire encore, elle attisera la haine et le désespoir, voilà pourquoi il est inutile que tu le fasses. »

_« J’aimerais goûter à votre sérénité seigneur Metatron. Malheureusement je doute de pouvoir y parvenir un jour. »

_« Ma sérénité n’a rien à voir avec les jours à venir, Sariel. Tout-juste ai-je confiance en l’espérance de tous ceux qui pensent bien faire en s’opposant à Samaël. »

_« La majorité d’entres nous n’y survivra pas. »

_« Mais tous les autres, tous ceux qui n’auront jamais goûté à cet enfer, continueront à vivre. Là est la seule raison à notre sacrifice. »

Mais l’archange déchu, effondré.

_« Que faut-il que je fasse alors pour parvenir à mes fins ? »

_« Fais-toi simplement confiance. »

_« Elle ne me suffira pas. » 

_« Alors ais confiance en l’Ultime. »

_« Je ne peux pas. »

_« Pourquoi ? »

_« Il me sait un meurtrier. »

_« Tu es bien loin de t’imaginer la grandeur de sa miséricorde. »

_« Il ne me pardonnera pas. »

_« Tu sauras répondre à son appel quand il aura besoin de toi. »

_« Je ne pense pas en être capable. »

Metatron, désignant du doigt l’immensité alentour, pour lui rappeler.

_« Vois en ces contrées ce que jamais tu n’as voulu voir. »

_« Je pensais la nuit encore plus terrible que le jour. »

_« Pourquoi ? »

_« Parce que j’en avais peur. »

_« Non, simplement parce que tu n’as pas su faire taire en ton cœur tous les préjugés que tu avais sur elle. Quand tu regagneras la terre de tes semblables, fais taire en ton cœur ces préjugés, accepte les fondements de la Révélation comme tu aurais dû le faire depuis longtemps et peut-être qu’à cet instant, tu comprendras ce que l’ultime attendait de toi. »

_« Pourtant les agissements du premier des Célestes ne cesseront pas. »

_« Et ce sera une bonne chose. »

_« Pourquoi ? »

_« Parce qu’il est préférable que l’ultime connaisse tout du pire des agissements de son plus fidèle ennemi, plutôt qu’il ne les découvre trop tard. »

_« Mais il va risquer sa vie pour ça. »

_« Et celles de ses compagnons. Pourtant je suis convaincu de leur réussite prochaine. »

_« J’aimerais croire que ce que vous me dites est vrai, malheureusement je doute que Lucifer ne puisse être jamais vaincu un jour. »

_« Il le sera pour celui qui n’aura pas perdu la foi en sa destinée d’Humble. »

_« Vous pensez qu’ils seront capables de le vaincre. »

_« Bien sûr ! Quand l’Ultime aura contemplé la Ragnarok, quand enfin les ténèbres auront fini de consumer toutes particules de l’ancien monde, alors l’éclat qu’il porte en son cœur s’embrasera car au plus profond des abîmes  il sera plus éclatant que le jour. »

_« Vous avez foi en lui. »

_« J’ai foi en l’idéal de tous les porteurs de la marque qui n’auront pas oublié leur destinée d’Humble. Puis plus gravement, comme pour imprégner l’archange de tout ce qu’il venait de lui rappeler. Comme dans mes souvenirs bientôt le temps viendra de la véritable bataille, celle qui verra basculer la Révélation vers l’une ou l’autre des deux parties mais jusqu’à ce jour, il va falloir que tu fasses ce que je vais te demander de faire. »

_« Que voulez-vous que je fasse ? »

_« Viens avec moi, je vais d’abord te montrer quelque chose. »

Et c’est ainsi que Metatron et Bélial descendirent les dunes de l’enfer de Qâmaram en direction de l’est, vers cette structure immaculée, cette lune qui, forgée du métal de leurs ancêtres, imprégnait encore le monde d’une infime partie de leur lointaine et pourtant prestigieuse histoire.                  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Thierry Christophe P
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Dimanche 24 janvier 2010 7 24 /01 /Jan /2010 14:34

   Le ciel s’était dégagé par l’Est, les nuages s’étaient dispersés et avec eux la pluie s’était tût. Ils avaient pourtant retrouvés leur abri, ici la chaleur ravivait les cœurs et les esprits, dehors le froid leur rendait le monde encore plus inhospitalier. Nicolas avait trouvé rapidement le sommeil, adossé à son mur il aspirait à des songes ou le sombre et les ténèbres ne pouvaient les vaincre. Prospérine et Stéphane dormaient paisiblement eux aussi, l’un à côté de l’autre, le cœur léger malgré cet avenir qui pourtant, les obligerait à nouveau à se séparer. Cassandre, Thomas et Maxence, eux, continuaient toujours à discuter, ils se remémoraient leurs souvenirs communs, heureux comme malheureux, ils réfléchissaient au départ de Christophe, puis de Raphaël, sans toutefois y trouver une explication. Le jeune héros saisissait avec difficulté les Révélations de l’Ognorien. Si Christophe connaissait Metatron d’avant sa marque, alors il était facile de comprendre pourquoi il ne l’avait pas fui quand il l’avait rencontré. Mais pourquoi ne pas lui avoir dit ? Qu’est-ce que cela aurait pu changer à cette histoire ? Si certes ceux qui commandaient à leur pas s’obstinaient toujours à leur dissimuler une grande part de la vérité, et non pas celle éthérée qu’ils leur faisaient croire comme juste, pourquoi lui, pourtant un humain porteur de la marque, s’y essayait depuis toujours ? Il regardait Nicolas et le devinait de cette ville d’il y a deux cent cinquante ans. Quand bien même Zagam le savait depuis toujours, comment se faisait-il qu’il ne l’avait pas avoué à ses alliés ? Certes il devait craindre pour sa vie, pour Lucifer ou pour l’Ombre, mais craignait-il assez de l’abominable pour ne pas même l’avouer à ses frères les plus fidèles ? Cet homme était une énigme plus grande encore que le retour du maître des maîtres, surement que Raphaël ignorait qui il était mais il devait bien se douter de quelque chose. Son départ précipité, cette inquiétude qui parcourait son visage à chaque fois qu’il disait un mot, ne pouvait duper l’Humble qu’il était devenu. La Révélation était proche, Maxence la savait imminente et terrible. Elle allait leur rendre le monde tout entier avoué, mais étaient-ils prêts à tout savoir de tous ? Il ne le pensait pas. L’imminence de cette Ragnarok, le délire insensé de Samaël de s’accaparer ce pouvoir abominable, lui apparaissait comme un non-sens. En effet, quand bien même l’armure entre ses mains et sa dévastation passée, voulait-il régner de nouveau sur un monde, aurait-il celui d’une non-existence ? Si comme l’affirmait Prospérine et Nicolas ce qui devait précéder l’armure rimait à une dévastation inavouable, pourquoi le faire ? Pour être l’être le plus puissant de cet univers ? A quoi bon puisqu’il l’était déjà. Pour retrouver le ciel et son royaume alors ? Même mille fois plus fort il n’en aurait jamais eu les moyens. Alors pourquoi ? Pourquoi vouloir un pouvoir inimaginable, si quoi qu’il puisse arriver il n’en aurait aucune utilité ? Il se le demandait. Les faits et les événements qui en découlaient n’avaient aucun sens, du moins n’en avait-il pas pour le jeune héros. Si les vérités sur cette terre, l’Eranorie, sur l’univers et son Royaume, sur l’Arbre et sa communauté, ne menaient nulle part, alors leur quête ne devait leur faire prendre conscience d’aucune Révélation du moins, le pensait-il ainsi. La porte claqua lourdement et avec elle le souffle froid de la vie les ranima. Face à eux, debout et imperturbable, se tenait une ombre. Il ôta aussitôt son capuchon, il avait les mains claires et le visage des Anges, toutefois il paraissait inquiet. Aucun d’eux ne savait qui il était, Nicolas, la paume marquée sur la garde de son épée, se préparait à faire face. L’ange, l’interpella.

_« Je ne suis pas venu jusqu’ici pour me battre. »

Et cette fois Maxence.

_« Qui êtes-vous ? »

_« Je m’appels Mégaël. »

_« Le lieutenant Bélianite ? » l’interrogea Prospérine abasourdie. 

_« Oui. »

La stupeur, l’assemblée des Humbles n’imaginaient pas que l’un de leurs plus ardents ennemis pouvait se tenir ici devant-eux. Maxence, à son tour.

_« Vous êtes venus nous chercher ? »

_« Non, quand bien même en ai-je l’ordre. »

_« Alors pourquoi êtes-vous venu ? »

_« Pour m’entretenir avec l’Humble qui porte la marque depuis sept ans. »

_« Il n’est pas là. »

S’il feignait la contrariété alors il le faisait mieux que quiconque. Murmurant, à lui-même. 

_« Nous courrons à la catastrophe. »

_« Pourquoi vouloir s’entretenir avec lui ? » Lui demanda Nicolas.

Il ne voulait rien lui dire, il semblait totalement accablé.

_« Depuis combien de temps est-il parti ? »

_« cela va faire trois jours. »

_« Déjà ? »

Il avait la tête baissé, le regard brisé, la main devant les yeux il aurait aimé aspirer à un autre devenir.

_« Savez-vous où je peux le trouver ? »

_« Nous l’ignorons. »

_« Alors savez-vous quand je pourrais le voir. »

_« Non plus. »

Mais Nicolas, toujours.

_« Peut-on savoir pourquoi vous vouliez le voir ? »

Il ne pouvait leur dissimuler ses intentions, s’il était venu jusqu’ici dans l’espoir de retrouver Christophe, il n’en demeurait pas moins face à six Humbles qui pouvaient l’aider, il s’expliqua.

_« Depuis la chute d’Ognor les événements se sont précipités. Si certes Lucifer a perdu bons nombres de ses soldats lors de la destruction de la ville, il ne lui en reste pas moins assez pour poursuivre cette guerre. »

_« Combien ? » Lui demanda Nicolas.

_« Certainement encore dix-milles légions. »

_« C’est énorme. S’effara Prospérine. Il y en aurait bien assez pour soumettre un monde entier. »      

_« La volonté de Lucifer d’anéantir toute velléité contre lui est grande et il en a les moyens. »

Nicolas, comme anéanti.

_« Quand bien même nous parvenions à joindre toutes nos forces en une seule armée, il nous en manquerait encore neuf milles pour rivaliser avec lui. »

Puis de nouveau la princesse succube.

_« Jamais je n’aurais imaginé les troupes Lucifériennes si nombreuses. »

_« Et ce n’est que le commencement. » Leur assura Mégaël.

_« ils y en auraient d’autres ? »

_« Oui. »

_« Qui sont-ils ? »

_« Pour l’heure ils ne sont pas. »

Nicolas le devinant.

_« Vous voulez parler des lyptiques ? »

_« Oui. Lui répondit Mégaël surprit qu’il le sache. Imaginez cent cinquante milles légions d’Anges, de Gaâldéeins et de Gaâls prisonniers de leur propre mort, contraints de le servir jusqu’à la fin des temps. »

_« Il n’a pas encore l’armure. »

_« Il l’aura bientôt. »

_« Quand ? »

_« Je ne sais pas mais cela n’est qu’une question de jours, trois tout au plus. »

_« Il sait comment procéder ? »

_« Il y réfléchit toujours. »

_« Alors il ne sait pas ? »

_« Si elle est aux portes de la Maillance, il peut toujours compter sur un atout de poids. »

_« Quel est-il ? Abigor ? »

_« Non, il n’a pas le pouvoir de l’Abaddon. »

_« Alors sur quoi ? »

_« Sur l’amphore de Qâmaram. »

_« Il l’a en sa possession ? »

_« Non. »

_« Alors où est-elle ? »

Et le déchu se tournant vers Prospérine.

_« Chez votre mère, princesse. »

_« J’irais la chercher. » Lui assura-t-elle. 

_« Vous arriverez trop tard. »

_« Pourquoi. »

_« Parce que mon maître est déjà à sa cour. »

Nicolas s’adressant à ses compagnons.

_« Si Lucifer met la main sur l’amphore de Qâmaram alors il sera certain d’échapper à la Ragnarok. »

_« Pourquoi ? » Lui demanda Stéphane.

_« Parce qu’il pourra contenir les hordes sombres grâce à elle. »

_« Vous en êtes sûr ? »

_« Malheureusement. »      

_« Il y a toutefois un moyen. » Leur assura Mégaël.

_« Lequel ? » Lui demanda Maxence.

_« Il faut retrouver le véritable détenteur du pouvoir de l’Abaddon. »

_« Nous ignorons qui il est. » Lui rappela Nicolas.

_« Mais je connais quelqu’un qui le sait. »

_« Qui donc ? »

_« L’Humble qui porte la marque depuis sept ans. »

_« Christophe saurait qui il est ? »  

_« Oui. »

_« D’où le savez-vous ? »

_« Du Metatron. »

_« Vous l’avez rencontré ? »

_« Oui. »

_« Quand ? »

_« Il y a de cela plusieurs années, quand nous étions encore mon maître et moi prisonniers de l’amphore. »

_« Il serait venu vous voir ? »

_« Plusieurs fois. »

_« Et pourquoi vous l’a-t-il dit ? »

_« A vrai dire ce n’est pas à moi qu’il l’a confié. »

_« Mais alors à qui ? »

_« A Bélial. »

Cette révélation paraissait si invraisemblable aux regards des événements passés, en cours et à venir, que Prospérine dut se les faire confirmer.

_« Vous nous affirmeriez que Bélial était au courant ? »

_« Oui. »

_« Et il n’aurait rien dit à Lucifer ? »

_« Jusqu’à ce jour toujours pas. »

_« C’est difficile à croire. Persista Nicolas sceptique. Bélial est un déchu d’une grande fidélité, jamais il ne cacherait une telle information à Lucifer. »

_« C’est pourtant ce qu’il a fait. » Lui rétorqua Maxence plus prompt à croire ce déchu.

Mégaël, pour leur prouver ses dires.

_« Je peux vous assurer que si Lucifer avait prit connaissance de ce que je suis en train de vous dire, Christophe serait à lui depuis longtemps. »

_« Et vous ? L’interrogea Cassandre. Pourquoi ne lui avez-vous rien dit ? »

_« Si aujourd’hui nous sommes déchus, prisonniers de l’innommable exil, il fut un temps où nous étions des Anges. Je ne doute pas que ce que nous sommes devenus est une insulte envers celui qui nous a fais mais nous sommes comme ça. Sariel était un Archange d’une grande sagesse, dont l’opinion et les choix étaient respectés par tous. Si aujourd’hui son cœur est aussi sombre que les portes de la Maillance, je sais qu’il n’en demeure pas moins toujours un enfant des cieux et pour ça il sera pardonné. Je ne suis pas venu jusqu’ici parce que je vous faisais confiance. Je l’ai fait car je suis convaincu qu’il est de mon devoir de ranimer la flamme éternelle en le cœur de mon maître. Car oui, il a quitté le monde des cieux. Oui, il a servi Samaël au-delà de toute objectivité mais jamais, au combien jamais il n’a été plus amer de ce qu’il a fait qu’aujourd’hui. »    Il n’avait pas menti. Personne ne pouvait douter de ce qu’il venait de dire car il l’avait affirmé avec une telle ardeur qu’il était impossible de le prendre en défaut. Nicolas, toutefois.

_« Ce déchu a fait tout ce que l’on connait de plus abominable depuis qu’il a prit pied sur cette terre. Si ceux qui le commandaient, et Lucifer le premier, ont fait le choix de l’emprisonner dans l’amphore de Qâmaram c’est qu’ils savaient au combien sa perversion était grande. Même si vous nous affirmez qu’il regrette ce qu’il a fait, il ne l’en a pas moins fait et pour ça il restera et pour toujours un monstre. » 

Mégaël se tournant vers Maxence.

_« Mon maître vous a déjà sauvé la vie une fois. »

L’enfant se remémorait les événements passés avec un regard nouveau. Certes ils l’avaient déjà vu, Christophe et lui, mais ils s’étaient pensés simplement épargnés.

_« Vous m’affirmeriez qu’il nous a épargnés délibérément ? »

_« Oui. »

_« Mais il s’en est prit à Abâlame. »

_« Parce qu’elle voulait vous tuer. »

_« Il a menacé Christophe. »

_« Pour que vous continuiez à vous méfier de nous. »

_« Il nous a fais pourchasser par les Réënémites. »

_« Pour que Lucifer continu à penser que vous ne lui échapperiez pas. »

_« Alors il aurait fait tout cela pour nous sauver la vie ? »

_« Oui. »

_« C’est difficile à croire. »

_« Et pourtant. »              

Les premières lueurs d’un jour nouveau embrassaient l’entrée. Mégaël, voyant l’aube se lever, voulut en terminer.

_« Ognor n’était que le commencement. Je sais que Lucifer a dans l’intention de s’en prendre à Adalmereck, puis à Egnor, il va donc falloir que vous vous dépêchiez. »

Prospérine, à son tour.

_« Il nous faut les prévenir. »

Mégaël.

_« Vous n’avez plus beaucoup de temps, peut-être un jour. »

Cette fois Nicolas.

_« Il va nous falloir y aller. »

_« Pas tous. Leur assura le déchu. Il sera pire d’être là-bas qu’ici à la surface. »

Le prétorien Ognorien.

_« Vous m’accompagnerez alors princesse, vous êtes la seule à connaître le chemin des portes du Septentrion. »

_« Je le ferais avec vous. »

Stéphane cette fois.

_« J’aimerais vous accompagner. »

_« Il en est hors de question. Lui rappela Nicolas. Si les troupes  Lucifériennes convergent vers Egnor, vous ne pouvez pas venir avec nous. »

_« Pourquoi ? »

_« Parce que c’est trop dangereux. »

_« Vous me prenez pour qui ? » S’offusqua Stéphane et cette fois Maxence.

_« Vous resterez ici avec nous. Prospérine et Nicolas s’en iront seuls pour les prévenir, nous, nous attendrons ici l’éveil d’un nouveau porteur de la marque. » 

Et cette fois Cassandre.

_« Mais ne craignons-nous pas les Réënémites ? »

_« Vous n’avez rien à craindre d’eux. Leur assura Mégaël. C’est à moi de vous retrouver. »

_« Vous l’avez bien fait. »

_« Parce que je savais que vous étiez là. »

_« D’autres le feront à leur tour. »

_« Je suis le seul à le savoir. »       

_« Alors c’est entendu, voici comment nous allons procéder. »

Pendant encore une heure les Humbles et ce déchu s’affairèrent à leur plan. Le jour était ardent, le soleil rayonnant, la chaleur retrouvée et les cœurs revigorés. Ainsi ils allaient procéder. Prospérine et Nicolas se rendraient à Egnor pour prévenir de l’imminence de l’attaque Luciférienne. Cassandre, Thomas, Stéphane et Maxence resteraient à la surface pour attendre l’éveil d’un nouveau porteur quant à Mégaël, il rejoindrait Vélamar pour glaner là bas les informations qui leur manquaient encore.              

 

Par Thierry Christophe P
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Dimanche 24 janvier 2010 7 24 /01 /Jan /2010 14:33

Chapitre 2 : L’espoir pour seule séparation.

 

       Le jour était tombé et avec lui tout espoir de voir revenir Raphaël avant la nuit. Maxence fixait l’horizon dévasté de son regard jade. La pluie lui frappait le visage sans discontinuer depuis des heures, pourtant il restait là, impassible, attendant le retour du céleste comme s’il devait certainement leur revenir. Ses compagnons avaient prit possession de la cabane au sommet de la colline, il n’en était pas loin, mais il préférait se savoir ici, pour s’isoler. Les corps de Prospérine et de l’inconnu étaient à l’intérieur, ils ne s’étaient toujours pas réveillés, Cassandre et Stéphane veillaient sur eux. Bientôt Thomas l’apercevait dehors, seul et trempé, lui qui n’avait que peu de considération pour personne, s’étonnait d’en avoir pour lui. Ce gamin n’avait pas vingt cinq ans, comment faisait-il à avoir une telle assurance ? Il voulait le savoir. Il le rejoignit, l’enfant était recroquevillé sur lui-même, les bras autours des genoux, la tête posée dessus, il lui demanda.

_« Tu pense encore qu’il va revenir ? »

Maxence.

_« Il reviendra, c’est sûr. »

_« Sans-doute, mais pas aujourd’hui. »

_« Vous en êtes convaincu ? »

_« Oui. »

Il vint s’asseoir tout à coté, se laissant avec lui bercer par l’imperturbable, l’abondante et l’intarissable. L’enfant alors.

_« N’étiez-vous pas en train de veiller Prospérine et l’inconnu ? »

_« Cassandre et Stéphane sont avec eux, ils n’ont pas besoins de moi. Puis plus sérieusement. Le spectacle est effroyable, jamais je n’aurais pensé voir un jour une pareille calamité. »

_« Là est le prix de le Révélation. »

_« Encore faudrait-il savoir ce qu’elle est. »

_« Tant qu’elle est c’est l’essentiel. »

Il paraissait contrarié. Thomas devinait chez cet enfant plus que de la peine et des regrets.

_« Qu’est-ce qui te chiffonne Maxence ? »

_« Rien. »

_« Je ne pense pas. »

_« Puis-ce que je vous le dis. »   

_« Tu as l’air contrarié. »

_« Vous seriez psychologue ? »

L’homme, avec conviction.

_« Non simplement suis-je un homme qui encore avant-hier avait une vie banale et qui aujourd’hui a pour seule banalité qu’un monde en proie à la guerre, à l’horreur et à sa Révélation. »

Mais alors.

_« Il s’est réveillé ! »   

Cassandre déboulait de la cabane en courant, Thomas encore assit à Maxence.

_« Montons voir ! »

Les trois humbles remontèrent rapidement. A l’intérieur Stéphane veillant sur Prospérine, il n’avait pas bougé. L’inconnu était dans l’autre pièce, la main devant les yeux, il s’était adossé au mur et tentait péniblement de remuer ses jambes. A peine les avait-il vus que déjà.

_« Comment va la princesse ? »

Cassandre.

_« Elle ne s’est toujours pas réveillée. »

L’homme.

_« Je suis heureux de vous avoir retrouvés, le Roi Zagam m’avait assuré que vous seriez ici. »

_« Le Roi Zagam ? L’interrogea Maxence. Vous le connaissez ? »

_« Bien sûr ! »

_« Mais comment ? »

Puis tendant sa main vers son flanc gauche.

_« Qui m’a soigné ? »

_« Raphaël. »

_« Où est-il ? »

Thomas cette fois.

_« Il est parti. »

_« Quand ? »

_« Peu après que nous vous ayons retrouvés sur la plage. »

L’inconnu à lui-même.

_« Certainement devait-il se douter de quelque chose. »

_« De quoi ? » Lui demanda Thomas qui l’avait entendu.

Et l’homme, désespéré.

_« De la chute d’Ognor. »

_« Vous étiez là-bas ? »

_« Je suis l’un des derniers à en être parti. »

_« Prospérine était avec vous. »

_« Oui, mais elle n’était pas la seule. »

_« Qui était avec vous ? »

_« Il y avait son père et ce Gaâl, Alastor, dont le souvenir me fait encore frémir. »

Il se leva, à présent le regard azur posé sur leur face, dans son armure noire carbone, il paraissait à un être que rien n’y personne ne devait découvrir. Grave mais apaisé, en colère mais fataliste, il aspirait certainement à un autre devenir que celui de la surface en vain, puisque lui aussi était fait de l’ardeur de la Révélation. Il s’en alla dans l’autre pièce, se dirigea vers Prospérine sans s’attarder sur Stéphane pourtant à côté, il demanda à Cassandre.

_« Depuis combien de temps est-elle inconsciente ? »

_« Cela va faire quinze heures. »

Il paraissait circonspect, pourtant il était certain de ce qu’il devait faire, s’adressant à Stéphane, trop près.

_« Reculez-vous. »

_« Pourquoi ? » L’interrogea l’homme inquiet.

_« Parce que je vais la réveiller. »

L’Humble s’était reculé, assez loin pour que l’inconnu puisse disposer d’un espace pouvant lui convenir. Il ôta son gant de métal, le droit, à la paume la marque, la même que la leur, dont la lueur se dissipait dans la pièce par une étrange intensité. Les quatre se concertaient, chuchotant les uns auprès des autres, s’interrogeant sur ce qu’il faisait et surtout, sur ce qu’il allait faire. Bientôt il plaqua sa paume sur le cœur de la princesse, d’abord une leur violacée, puis un flash, intense, avant qu’il ne s’éteigne en un bleu crépusculaire. Rien, la princesse ni ne souffrait, ni s’éveillait, simplement était-elle toujours celle que Stéphane veillait depuis presque un jour. L’homme pourtant avait ôté sa main et sans même attendre un signe, l’enjamba et lui attrapa les mains. Stéphane, toujours le plus inquiet.

_« Mais que faites-vous ? »

_« Ne bougez pas ! » Lui ordonna t-il avec autorité.

A cet instant la succube fut prise de violentes convulsions. Pendant un instant elle s’agita avec une force inouïe. L’homme avait bien fait de la retenir, ses soubresauts devenaient si violents que ses bottes déjà creusaient le sol. Les quatre assistaient effarés à cet étonnant exorcisme, car aucun d’eux ne savait quoi penser. Pourtant cela s’estompait, peu à peu la princesse retrouvait son calme et échappait à sa torpeur, l’homme pouvait la libérer de son étreinte. Il s’exclama.

_« Dans moins d’un quart d’heure elle sera sur pieds. »

Puis il sortit, préférant à leur compagnie la solitude automnale et cette pluie, cette maudite pluie qui n’en finissait plus.            

 

    A l’intérieur les quatre Humbles concouraient au réveil de la princesse sans trop savoir quoi faire. Les yeux grands ouverts, toujours immobile, elle appréciait de les voir là, ensembles et Stéphane à genoux à ses côtés. Il était heureux, à un tel point qu’il se mit à pleurer. Maxence, certain que ces moments étaient seulement les leurs, préféra s’éclipser et rejoindre l’inconnu qui dehors, l’attendait. Il était là, debout, le regard porté vers les nuages, à s’abreuver de cette pluie comme si elle était le lait de leur genèse. D’abord l’enfant le laissa faire, curieux de le voir si prompt à se satisfaire d’une simple ondée, puis il s’approcha et c’est alors.

_« Qu’elle plus beau miracle que la pluie ? Le ciel et ses nuages, au-delà voilà les étoiles, la lune et son cosmos, l’immensité, insondable et sans fin, une immensité qui ne connait de limite qu’en sa Révélation. »

L’enfant.

_« Puis-je savoir qui vous êtes ? »

_« Je m’appels Nicolas et toi tu es Maxence, n’est-ce pas ? »

_« Vous connaissez mon nom ? »

_« Comme de tous ici. »

_« C’est Zagam qui vous a dit qui nous étions ? »

Mais l’humble préférant se dérober à la question.

_« Cette ville est en ruines, jamais nous ne pourrons les vaincre. »

Le subterfuge avait fonctionné.

_« Qui ça ? »

_« Les Lucifériens. »

L’enfant, désabusé.

_« Ils sont partout ici. »

_« La monstruosité s’épand toujours sur ce qu’il y a de beau car elle sait rendre les gens malheureux. »

_« D’où venez-vous ? »

_« D’Ognor. »

_« Mais d’avant ça. Vous étiez bien un homme ? »

_« Certes mais il y a longtemps. »

_« Que voulez-vous dire ? »

_« Qu’avant d’être un prétorien j’étais un homme il est vrai, mais cela fait bien longtemps. »

_« Depuis combien de temps ? »

Et Nicolas, apercevant une éclaircie au loin, inespérée, la clarté de la lune rayonnante.

_« Cela va faire deux-cent cinquante ans. »

Maxence effaré ne sut quoi lui dire d’autre, l’homme en profita pour se confier.

_« J’ai connu cette cité alors qu’elle n’était encore que peu de chose, et aujourd’hui que je la retrouve elle n’est plus que ruines et désolation. » 

_« Mais comment est-ce possible ? » En bafouilla l’ultime.

_« A m’éveiller avant toi ? Je ne sais pas. »

_« Mais vous devez bien avoir trouvé une explication ? »

_« Absolument aucune. Du moins pas une qui puisse véritablement répondre à ta question. »

Maxence avait peine à s’imaginer qu’un porteur de la marque pouvait s’être éveillé tant en avance sur eux. Toutefois il s’étonnait de le savoir, bien assez pour que les questions fusent en son esprit par centaines. Il préféra à toutes les autres celle-ci.

_« N’avez-vous jamais cherché à savoir pourquoi cela vous était arrivé ? »

_« Bien sûr, mais j’ai vite comprit que cela ne me servirait à rien. »

_« Pourquoi ? »

_« Parce que cela ne m’aurait rien apporté. Puis plus gravement. A peine la marque à ma paume que déjà j’émergeais au cœur de la cité d’Ognor. »

_« Vous-vous êtes éveillés là-bas ? »

_« Oui. »

_« Et ils ne vous ont rien fait ? »

_« Non. Encore inconscient que déjà j’étais conduit devant le maître de cette cité. »

_« Il a dût être surprit de vous voir. »

_« Je ne dirais pas surprit mais plutôt terrifié. »

_« Pourquoi ? »

_« Il savait ce pourquoi nous étions fais. »

_« Il a peur de ce que nous sommes. »

_« Plutôt de ce que nous sommes pour le monde. »

_« Que sommes-nous ? »

_« La condition préalable à la Révélation. »

_« Sans nous elle ne serait pas possible ? »

_« Sans nous rien n’est possible. »

_« Et vous savez pourquoi ? » 

_« Il n’a jamais voulu me le dire. »

_« Je suis convaincu qu’il le sait. »

_« Je le suis également. »

_« Alors pourquoi ne vous a-t-il rien dit ? »   

_« Il m’affirma que tant que l’Ultime ne se serait pas éveillé, je n’avais nul besoin de le savoir. »

_« Mais je suis là aujourd’hui. »

_« Certes. »

_« Alors pourquoi continuer à ne rien dire ? »

_« Parce qu’il avait peur. »

_« De quoi ? »

_« De qui. »

_« Lucifer ? »

_« Pas seulement. »

_« L’ombre alors ? »

_« Je le pensais jusqu’à ce que je ne le voie. »

_« Qui donc ? »

_« Un Humble, sûrement un déchu, le seul que je connaisse à porter une marque à chaque paume. »

_« Alors vous aussi vous l’avez vu. »

_« Pourquoi toi aussi ? »

_« Oui, juste après notre retour d’Ognor, j’étais accompagné d’un autre porteur de la marque, Christophe, nous l’avons vu ensemble. »

_« Voilà la preuve que j’attendais. »

_« Pourquoi ? »

_« Pour étayer ma théorie. »

_« Sur quoi ? »

_« Sur ce porteur de la marque. Il s’expliqua. Il y a de cela environ sept ans, alors que j’arpentais les couloirs de l’aile Nord pensant m’isoler, je fus interpellé par cet Humble. Il avait le regard juste azur sous le jour de son casque, une armure pourpre et argent et surtout, portait la marque à ses deux paumes. Il m’affirma que me trouver ici était son idée et qu’il était préférable pour moi que j’y reste jusqu’au retour de l’Ultime. »

_« Vous aviez l’intention de quitter Ognor ? »

_« Oui, même si le Roi Zagam m’en avait plusieurs fois dissuadé. »

_« Et cet Humble était au courant ? »

_« Oui, pourtant je n’en avais discuté qu’avec le maître d’Ognor, lui seul était au courant de mes intentions.

_« S’il savait pour vous, il devait savoir aussi pour lui ? »

_« Il sait tout sur tout. »

_« Pour nous également. »

_« Bien sûr, quand je l’ai rencontré il savait qui j’étais, d’où je venais, ce pourquoi je voulais faire et ce que j’avais déjà fait. »

_« Alors que vous a-t-il dit ? »

_« Des choses qui de prime abord ne me semblèrent avoir aucun sens. Il m’affirma que mon éveil prématuré à la marque était son idée car il devait précéder le retour de Lucifer. »

_« Pourquoi vous ? » L’interrogea Maxence.

_« Je ne sais pas. »

_« Pourtant Raphaël m’avait assuré qu’aucun porteur ne devait s’éveiller avant moi. »

_« Il t’a menti. »

_« Pourquoi l’aurais-t-il fait ? »

_« Pour que tu garde espoir. »

_« C’est aberrant. »

_« Tu as la mémoire courte. »

_« Expliquez-vous ? » S’énerva l’Ultime.

_« Est-ce que ce Christophe ne s’est pas éveillé avant toi ? »

Il avait raison, pendant quelques secondes l’enfant resta pantois, néanmoins il se trouva une explication.

_« Il devait me retrouver. »

_« Certes, comme moi je devais précéder le retour de Lucifer. »

Maxence comprenant enfin les allégations de cet homme.

_« Vous insinueriez que Christophe connaissait l’existence de cet être. »

_« J’en suis convaincu même si je ne peux pas le prouver. »

Encore des mensonges, à croire que la vérité devait le fuir plus encore que la Révélation. Il s’emporta, non sans avoir d’abord maudit sa marque.

_« On me dit depuis que je la porte que je suis le seul à être en mesure de pouvoir atteindre la Révélation et on continue inlassablement à me dissimuler la vérité comme si j’étais un ennemi, pourquoi ? »

L’homme avec fatalité.

_« Il n’y a que l’ignorant qui peut croire encore en son avenir, seul lui peut se penser sauver. »

_« Vous m’affirmeriez qu’ils seraient tentés de me mentir pour me préserver du désespoir ? »

_« Oui. »

_« C’est aberrant ! C’est bien parce que je ne sais rien que je suis dans cet état aujourd’hui. »

Il pestait, encore, si Christophe l’avait fui comme l’enfer en lui cachant ses intentions, Raphaël n’en avait pas moins fait la même chose. Des prétextes, encore et toujours, mais aucune véritable vérité, l’homme poursuivit.

_« Bref quand j’ai rencontré cet être dans les couloirs d’Ognor, ma seule envie était de quitter la cité. Depuis plus de deux cent quarante j’étais tenu au secret, ma patience était celle de mon étonnante immortalité mais je désespérais de ce ciel noir et de son dôme bleuté. Seul Zagam savait que j’étais un Humble, tous ses lieutenants l’ignoraient. Certes il y avait bien ces anges qui se doutaient de ce que j’étais mais jamais ils n’auraient osé le dire à quiconque. Ce jour là il me conta toute l’histoire à venir jusqu’à ce jour, faisant étalage de détails que je ne pus vérifier que plus tard. Il savait qui vous étiez, ce que vous seriez, et ce que vous alliez devenir après avoir recouvré la marque. La discussion me sembla durer une éternité, il me parla pendant des heures, affirmant ou infirmant mes suppositions avec une assurance que je ne pouvais remettre en question pourtant, quand enfin nous-nous quittâmes et que je rejoignis le temple, je me rendis compte que je n’avais pas quitté les lieux plus d’une heure. Bien entendu, fort de ces révélations, je m’en allais rejoindre mon Roi pour tout lui expliquer. Avec force de détails, autant que ce que cet être m’en avait donné, je lui contai tout ce qu’il m’avait dit et quand j’eu fini, Zagam m’affirma que je devais avoir rêvé. »      

_« Mais cet être existe bel et bien puis ce que nous l’avons vus. » Lui affirma Maxence.

_« Bien sûr puisqu’il mentait. »

_« Zagam vous a menti ? »

_« Il était terrorisé, comme si je devais m’être éveillé une deuxième fois. »

_« Il avait donc peur de cet être. »

_« Effectivement. »

_« Mais que craignait-il dont ? »

_« Surement de tout ce que je lui avais apprit et de tout ce que cela devait signifier pour la caste. »

_« Vous lui avez donc tout raconté. Poursuivit l’enfant qui y réfléchissant. Cela pourrait expliquer qu’il était au courant de notre arrivée dans la tour. »

_« Effectivement. »

_« Mais pourquoi ne nous a-t-il rien dit ? »

_« Je ne sais pas. »

Maxence poursuivait son raisonnement.

_« Il devait savoir pour sa cité. »

_« Oui. »

_« Et il n’a rien fait pour l’empêcher. »

_« Car il était certain que cela n’aurait servi à rien. »

_« Pourquoi. »

_« Parce que le sort d’Ognor était intimement lié aux événements qui devaient survenir par la suite. »

_« Lesquels ? »

_« La volonté manifeste de Lucifer de mettre la main sur l’armure de l’Hydre. »

_« Qu’est-ce que cette armure. »

_« Tout comme l’amphore de Qâmaram elle est une geôle pour le plus terrible ennemi de la création. »

_« Quel ennemi peut être plus terrible que Lucifer ? »

_« Un ennemi qui ne connait de limite en sa dévastation que l’Apocalypse elle-même, je veux parler du Léviathan. »

_« Je pensais que c’était une légende. »

_« Je doute que cet entité puisse être si aisément qualifiée. »

_« Je ne l’ai jamais vue. »

_« Personne ne l’a jamais vue, peut-être Alastor mais je n’en suis pas convaincu. »

_« Et pourquoi Lucifer tiendrait-il si ardemment à libérer un être d’une telle malfaisance ? »

_« Pour s’adjuger le pouvoir. Quiconque détient l’armure de l’Hydre, détient le pouvoir. »

_« Lequel ? »

_« Celui de commander aux lyptiques. »

_« Que sont-ils ? »

_« Tous ceux que la mort a emportés. »

_« Des morts vivants ? » S’en étonna l’ultime.

_« Des Ambigus, des êtres qui ne connaissent aucune pitié pour la vie car ils ne l’ont plus depuis longtemps. »

_« Mais comment est-ce possible ? »

_« Léviathan a le pouvoir de redonner la vie aux morts et pour cela ils la servent. Quiconque détient l’armure, détient l’âme du Léviathan, il est alors aisé de comprendre pourquoi Lucifer la veut si ardemment. »

_« Il faut l’en empêcher ! »

_« Bien sûr, quoiqu’il en soit il est un événement que nous ne devons ignorer car il est la condition préalable à l’obtention de l’armure de l’Hydre. »

_« Quel est-il ? »

_« La Ragnarok, l’ouverture des portes de la Maillance, un cataclysme si abominable que déjà avant sa fin les trois quarts de ceux qui vivent toujours seront anéantis. »

_« Mais c’est une catastrophe. »

Maxence ne savait plus quoi penser de ses nombreuses révélations. S’il n’était pas certain de tout saisir des explications de cet homme, il n’en demeurait pas moins terrifié à l’idée de cet avenir, un devenir promit à la calamité et à son Apocalypse. Il lui demanda.

_« Lucifer le sait ? »                                                  

_« Oui, mais cela ne l’empêchera pas de tenter l’inconcevable. »

_« Comment compte-t-il procéder ? »

_« Je ne sais pas trop. Quoiqu’il en soit si Abigor le sert c’est qu’il doit y trouver son utilité. »

_« Comment ? »

_« Abigor est le gardien des portes de la Maillance. Par son intermédiaire les Ombres vont et viennent d’un monde à l’autre et pour ça il se pense capable de contrôler le déchainement des abîmes. »

_« Et il ne l’est pas ? »

_« Il l’est celui que je connais qu’il l’a le plus. »

_« Alors pourquoi doutez-vous de lui ? »

_« La raison est simple. Le seul être de cet univers à avoir le pouvoir de commander aux Ombres est le véritable détenteur du pouvoir de l’Abaddon. Si Abigor, ce traître, ce fou, pense être en mesure de contrôler ces Ombres, c’est qu’il se pense seing d’un pouvoir qu’il n’a pas. Certes il peut contrôler un certain nombre d’entres elles, il sait leur faire paraître leur asservissement comme inéluctable mais il ne les commande pas. Simplement sait-il les amadouer et rien d’autre, quand les portes de la Maillance s’ouvriront, quand elles seront des millions à se déverser en ce monde, à un tel point qu’il n’y aura plus place pour voir une once de terre, il sera incapable d’empêcher l’inévitable. »

Si certes les dires de Nicolas lui apparaissaient comme prophétiques et affreux, Maxence tentait toujours de s’imaginer une autre fin à cette douloureuse épreuve, voilà pourquoi.

_« Qu’elles sont nos chances de contrecarrer les plans de Lucifer ? »

L’homme, avec fatalité.

_« Aucune qui ne puisse nous préserver de l’inévitable, j’en ai bien peur. »

_« Pourtant rien de cela n’est encore arrivé. »

_« Cela arrivera, c’est irrémédiable. »

_« Je ne peux l’accepter, nous-nous devons de faire quelque chose. »

_« Je suis d’accord avec toi, mais je sais que nous n’aurons jamais cette opportunité. »

_« Il doit bien y avoir un moyen ? »

_« Je ne le connais pas. »

_« Alors qu’allons-nous faire ? »

_« Attendre, en espérant que l’inévitable ne le devienne pas réellement. »

Maxence avait la certitude que cette perspective était encore plus effroyable qu’un monde sans révélation, voilà pourquoi.

_« Nous devrions nous mettre en quête d’une solution pour empêcher que cette calamité ne s’épande sur cette terre. »

_« Encore faudrait-il savoir où chercher. »

_« Quelqu’un doit bien savoir ? »

_« Je ne sais pas. »

Maxence avait mal de savoir que l’inévitable de la Ragnarok ne trouvait d’écho qu’en l’incompréhension de ce qu’elle était. Toutefois, s’ils n’avaient aucun moyen de l’en empêcher, alors pourquoi devaient-ils s’y employer ? Nicolas, devinant ses pensées.

_« Le fondement même de l’inévitable et qu’il le sera quoique nous entreprenions. Cependant, j’acquiesce à ta conviction, nous ne pouvons rester là les bras croisés à tout ignorer de notre condition en pensant que c’est impossible. Certes nous ignorons comment procéder toutefois, si nous parvenions à acquérir l’armure avant-eux, alors peut-être que nous parviendrions à atténuer la Ragnarok. »

_« Vous savez comment où la trouver ? »

_« Non. »

_« Alors connaissez-vous au moins les risques ? »

_« Ils sont incalculables. »

Ils n’étaient plus seuls. Prospérine, aidée en cela par Stéphane qui la soutenait, approchait. Cassandre et Thomas étaient avec eux. Le princesse succube s’adressa à Nicolas.

_« Je tenais à vous remercier. »

_« Je n’ai fait que répondre aux attentes de mon monarque. » Lui assura-t-il.           

_« Je suis désolée pour Ognor. »

_« Là était le prix à payer pour savoir les troupes Lucifériennes vaincues. »

_« Je suis triste pour vous. »

_« Et moi je le suis pour tous ceux qui n’ont pas eu notre chance. Puis contemplant les étoiles car enfin le ciel dégagé. Bientôt nous-nous retrouverons tous ensembles ici-même et nous affronterons celui que nous appelons encore notre ennemi dans l’espoir d’entrevoir la Révélation. Mais ce jour n’est pas encore arrivé. Avant-lui nous devrons nous défaire de son délire et empêcher que l’inévitable n’anéantisse tous nos espoirs de certainement y parvenir. »

_« L’inévitable. S’exclama Prospérine accablée. Ainsi donc nous devrons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour l’en empêcher. »

_« C’est ce dont nous parlions avec Maxence avant votre arrivée. »   

Thomas, curieux.

_« De quoi parliez-vous ? »

Nicolas, alors.

_« De la Ragnarok. »

_« Et puis-je savoir ce qu’elle est ? »               

_« La Ragnarok est une œuvre de destruction devant précéder l’obtention de l’armure de l’Hydre. »

Prospérine poursuivit.

 _« Léviathan est une Hydre vaincue au commencement des temps, bien avant l’arrivée des déchus en Eranorie, puis emprisonnée dans une armure pour empêcher à quiconque de commettre l’irréparable en tentant de la libérer. » 

Puis de nouveau Nicolas.

_« Malheureusement Lucifer a dans l’intention de s’accaparer cette armure car il la sait seing d’un pouvoir si extraordinaire qu’il n’aurait plus aucun mal à nous anéantir. »

_« La Ragnarok devait empêcher cette éventualité, mais Lucifer se moque de l’inévitable. »

_« Et quels seraient les effets de cette Ragnarok ? » Les interrogea Cassandre qui n’en avait encore aucune idée.

_« Il seraient catastrophiques. La Ragnarok rime à l’ouverture des portes de la Maillance, aux déferlements des Ombres et à leur dévastation. Sans la Ragnarok personne ne peut acquérir l’armure de l’Hydre, voilà pourquoi nous la savons inévitable. »

Stéphane cette fois.

_« Alors si nous voulions également nous accaparer cette armure nous serions nous aussi obligés de composer avec elle. »

Nicolas.

_« C’est inéluctable mais nous devons essayer. »

_« Vous voudriez l’armure ? » L’interrogea Maxence avec sévérité.

_« Oui. Je ne doute pas des conséquences que pourraient avoir sur nous une pareille entreprise quoiqu’il en soit, si nous ne faisons rien pour empêcher Lucifer de le faire à notre place, alors autant lui offrir la Révélation tout de suite et oublier ce pourquoi nous sommes là. »

Tandis que Cassandre.

_« Comment devrions-nous procéder ? »

Mais Thomas surprit par la question.

_« Tu oserais le faire ? »

_« Avons-nous le choix ? »

Stéphane, à son tour.

_« Nous l’avons de ne pas faire une erreur qui pourrait nous coûter plus que ce monde. »

_« Non, nous ne l’avons plus du tout. Lui assura Nicolas qui poursuivit. Nous pourrions encore perdre des heures à nous user en de veines tractations. Des heures qui pourtant ne serviront que les intentions de l’ennemi. Il est évident que de savoir que pour empêcher l’ennemi de commettre l’irréparable nous devons le faire à sa place, peut nous amener à douter de notre bon sens. Toutefois je préfère savoir, la Ragnarok passée, l’armure de l’Hydre en notre possession que de la savoir à l’ennemi. Car si nous, nous-nous garderons de nous en servir quitte à risquer l’éveil de l’Hydre, lui ne s’en gardera pas. »

La princesse à son tour.            

_« De toute façon sans le détenteur du véritable pouvoir de l’Abaddon rien ne pourra être fait. »

_« Le véritable détenteur de l’Abaddon ? » S’interrogea Thomas à haute voix et Nicolas, lui répondant.

_« Il est un être sur cette terre capable d’interagir avec le monde sombre. Les portes de la Maillance lui seront toujours ouvertes car il est celui qui les commande toutes. »

_« Et savez-vous qui il est ? »

_« Nous l’ignorons. »

_« Alors comment comptez-vous vous y prendre pour le retrouver ? »

_« Bientôt il devra s’affirmer. »

_« Vous en êtes sûr ? »

_« Oui. »

_« Comment ? »

_« Car il est impossible que la Ragnarok se fasse sans le véritable détenteur du pouvoir de l’Abaddon. Nicolas devait se réexpliquer, voilà pourquoi. Tout à l’heure je disais à Maxence que Lucifer avait l’intention de s’accaparer l’armure de l’Hydre. Or le seul moyen qu’il a trouvé pour mettre son plan à exécution n’est autre qu’Abigor. Il est le gardien intemporel des portes de la Maillance, il est le seul que je connaisse à avoir la capacité d’interagir avec les Ombres. »

_« Il a donc ce pouvoir. » Lui affirma Cassandre.

_« Non, il n’en a qu’une infime partie. »

Prospérine poursuivant.

_« Abigor n’a pas plus le pouvoir de l’Abaddon que vous ou moi. S’il est plus en phase avec l’après-monde que nous, il n’en est que le gardien. »

Cette fois Stéphane.

_« Et si les portes de la Maillance s’ouvraient sans qu’il ne puisse rien y faire. »

_« Là est le propre de la Ragnarok. Lui assura Maxence à présent mieux au courant que lui. Les Ombres seraient alors livrées à elles mêmes. »

_« Et elles sont dangereuses ? »

_« Extrêmement, car plus nombreuses que n’importe quelle armée de ce monde. »

Thomas revenant au problème.

_« Si vous ignorez qui est le véritable détenteur du pouvoir de l’Abaddon, alors cela veut dire que vous ignorez s’il est avec ou contre nous ? »

_« effectivement. »

_« Alors pourquoi le chercher ? »

Le prétorien Zagamien s’étonnait de sa crédulité, il lui rétorqua.

_« Mais qu’importe qu’il soit avec ou contre nous, le tout c’est de savoir qui il est. »

_« Pour le préserver ? » Devina Maxence.

_« Ou pour l’anéantir. »

_« Vous seriez prêt à vous en prendre à lui ? » Lui demanda Cassandre.

_« Si nous n’avons d’autre choix que celui-ci je serais certainement prêt à le faire. »

_« Mais nous n’en sommes pas encore là. Prospérine venait de reprendre la parole avec autorité. La conversation divaguait, elle n’était pas certaine que de savoir déjà ce qu’ils devraient faire sans savoir comment, devait les aider à cet instant. Pour l’heure Lucifer est toujours incapable de mettre la main sur cette armure, nous avons encore du temps. »

_« Ou pas. Lui assura Thomas sceptique. Cela dépend de ce que l’on attend de notre futur. »              

Voilà comment les six Humbles achevèrent cette conversation, doutant les uns comme les autres de leur futur car incapables de s’imaginer que leur ennemi pouvait une fois au moins, faire preuve d’Humilité.

 

     

Par Thierry Christophe P
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